Un temple rénové

Pourquoi faire un culte particulier à l’occasion de la rénovation d’un temple, d’autant plus que dans notre protestantisme nous ne bénissons pas les lieux et les objets et après tout ce n’est qu’un bon coup de peinture !

Pas seulement, nous avons mené pendant une année une réflexion théologique sur le sens du culte et de la liturgie, sur le sens de l’espace du culte. Et nous sommes heureux de partager avec vous ce que nous avons voulu faire, non comme un exemple, ni comme une position avant-gardiste (loin de là, c’était déjà en place au XVIe siècle et même au Moyen-Âge !), mais simplement un partage pour nous réjouir avec vous.
Le culte est un peu comme une pièce de théâtre avec des acteurs et de multiples rôles, des espaces dédiés et aménagés. Il y a une mise en scène avec un déroulement bien ordonné parce qu’en effet le culte est le théâtre de la grâce où se joue une parole à la fois autre et incarnée, donnée et jamais confisquée, qui n’appartient à personne et rejoint chacun au plus intime.

Quatre éléments peuvent être soulignés :

1. Centralité de la parole dans le culte : de la proclamation à la circularité de la parole

Sans doute le changement le plus remarquable est la disposition des bancs. De ce qui a été appelé le temple-autobus où on est les uns derrière les autres, nous avons choisi la forme circulaire, préconisée par les réformateurs. Elle signifie d’abord par la présence de la chaire en hauteur, la proclamation de la parole de Dieu à travers les Écritures, la disposition en cercle rappelant que cette parole offerte à toutes et à tous, conduit chacun dans la liberté et la responsabilité qui lui est propre, à méditer les Écritures, à les interpréter, à les critiquer même, pour y découvrir ce souffle de Dieu puissant et agissant dans sa vie. Cette proclamation touche, interpelle, nourrit individuellement et ouvre sur les autres, met en lien avec les autres, suscite le partage ; elle a un impact sur la communauté elle-même, d’où la disposition en cercle qui permet de se voir et d’échanger. Et vous aurez remarqué que la croix est dans le cercle, à côté de la chaire, nous rappelant que la proclamation de la bonne nouvelle de Dieu est Jésus Christ, sa parole elle-même.

2. La proclamation de la Parole en signe

La parole proclamée se dit non seulement en mots mais aussi en signe. C’est pourquoi au centre du cercle, la table de communion, rappelant sans cesse cette parole de Dieu incarnée en Jésus Christ, qui sans faille, dans une totale fidélité, a révélé Dieu par ses actes, ses paroles, sa vie tout entière jusque dans sa mort, nous ouvrant ainsi le chemin de la réconciliation et d’une vie renouvelée, apaisée, décentrée de soi pour être tournée vers les autres dans le compagnonnage de Jésus Christ lui-même.

La Bible toujours posée sur cette table et le partage du pain et du vin au cours du culte nous redisent sans cesse l’amour inconditionnel de Dieu, qui que nous soyons, d’où que nous venions.

La table est au centre comme la roue dont les multiples rayons convergent vers le moyeu, d’où l’éclairage au-dessus de la table elle-même.

3. Les deux couleurs : Le bleu de la promesse et le rouge de la vie

Le bleu encadrant les fenêtres élance notre regard vers le ciel, comme Abraham scrutant le ciel, y compte les étoiles, ayant reçu de Dieu la promesse d’une descendance, alors que lui et Sara sa femme sont déjà âgés. Cette nuit a été appelée nuit de la promesse parce que Dieu s’est engagé à lui ouvrir un avenir et une espérance. Sa descendance sera très nombreuse et plus tard Jésus dira que les héritiers d’Abraham sont ceux qui comme Abraham lui-même mettent leur confiance en Dieu et choisissent de naître et de renaître à l’espérance. En Jésus Christ, crucifié et désormais vivant, Dieu nous ouvre un avenir et fonde notre espérance.

Le rouge se lit non seulement sur les vitraux mais plus essentiellement sur un axe qui va du bas de la chaire à la sortie du temple. Le rouge qui rappelle le sang et dans la Bible le sang est le signe de la vie. En Jésus Christ, la vie est donnée en abondance, sans retenue. Croire en Jésus Christ, c’est saisir cette puissance de vie toujours donnée et redonnée contre tout ce qui la diminue, l’abîme, la détruit. Cet axe est rompu par un autre axe perpendiculaire, celui de la table de communion, dessinant ainsi une croix, nous rappelant que cette vie renouvelée est acquise par et en Jésus Christ. La pierre roulée du tombeau ne fait pas oublier la crucifixion.

Le rouge va au-delà du lieu de culte lui-même, car il ne s’agit pas de nous installer, il ne s’agit pas de rester bien entre nous, le rouge nous pousse dehors, là où nous sommes appelés pour être les témoins de cet amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, auprès de nos contemporains.

4. Le beau rejoint le bon où chacun a sa place.

Bien sûr nous avons recherché la beauté pour en faire un lieu accueillant et agréable, où chacun se sente à l’aise. À travers cette recherche de beauté sobre et réelle, nous avons voulu créer les modalités pour conduire à une disposition intérieure de recueillement, d’écoute, de partage. Mais le beau n’est pas une recherche esthétique, même si ça ne l’exclut pas, « beau » en hébreu veut aussi dire « bon ». La première page de la Bible nous invite à ce beau et bon de Dieu à la fin de chaque journée de création et qui fait dire au théologien Raphaël Picon que « c’est pour nous la plus belle des prières » … 

Ce n’est donc pas celle qui recherche l’exaucement de demandes, mais « celle qui est inspiration et respiration du souffle créateur de Dieu », celle dit-il « qui nous permet de dire oui à la vie et de faire ainsi vibrer en soi la satisfaction de Dieu contemplant sa création » ; celle qui nous fait saisir toute la puissance de cette exclamation de Dieu « c’est bon, c’est beau » sur cette œuvre divine que nous sommes, celle qui fait de notre vie le poème de Dieu comme l’exprimera l’apôtre Paul. Cette prière qui nous fait rejoindre la contemplation de Dieu et qui permet au cœur même des combats d’oser se présenter, dire « me voici » et prendre sa place dans la communauté comme dans le monde, celle qui portée par la présence même de l’Esprit de Dieu, permet de dire avec lui « c’est beau, c’est bon », celle qui permet de dire avec les autres « c’est beau, c’est bon ».

Amen

Plaisance, dimanche 21 janvier, culte d’inauguration du temple rénové — Pasteur Anne-Laure Danet (Pasteur de l’église de Montparnasse-Plaisance en 2016-2018)

Photographies : F. Jully, J. Woody, à l’occasion du culte d’inauguration du temple rénové, dimanche 21 janvier 2018 à 16h30

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