L’attente

Luc 1.26-38

Nous inaugurons aujourd’hui, comme chaque année depuis des siècles, une période d’attente.
Je vous propose donc d’attendre un peu et de voir ce qui advient pour chacun d’entre nous dans cette attente.
… 30 / 60 secondes
Merci d’avoir attendu.
Merci d’avoir pris le temps de sentir cette attente, ensemble, avec moi. Peut-être certains d’entre nous – et je les comprends – sont-ils énervés. Énervés d’avoir attendu sans vraiment savoir ce qu’ils attendaient, ni pourquoi ils attendaient. Peut-être même ont-ils eu peur de cette attente.

D’autres, se disant qu’ils attendaient une prédication, ont pris leur mal en patience, tendus vers cet objectif de prédication, sans doute rassurant.

D’autres encore ont peut-être profité du moment pour faire le vide en eux-mêmes ou même pour prier. Peut-être ont-ils sentis la présence de Dieu à leur côté.

D’autres se sont sentis seuls ou abandonnés. Certains d’entre nous, j’en suis sûre, ont eu l’impression de perdre leur temps. Nous sommes tous différents dans l’attente. Et toutes les attentes sont différentes.
C’est fou le temps que l’on passe à attendre dans une vie ! Et oui nous attendons tout le temps, tous les jours. Nous y sommes tellement habitués, que parfois nous ne nous en rendons même plus compte.
Il y a des fois où l’on sait ce qu’on attend, et il y a des fois où ne sait pas. Parfois tout en sachant ce qui doit venir, on ne sait pas pourquoi il faut attendre. Tantôt on attend quelque chose qui viendra à coup sûr, tantôt c’est moins certain, tantôt c’est même sûr que cela ne viendra pas, mais on attend quand même. On ne sait jamais …
Il y a plein de façon d’attendre …
Bien-sûr on attend le bus ou le métro, et ça nous fait râler.
On attend dans les embouteillages.
Mais on attend aussi l’heure de manger.
On attend un coup de téléphone, un mail ou une visite.
On attend la fin de la semaine, on attend les vacances.
On attend un enfant, on attend la retraite ou on attend la fin de ses études.
On attend de rencontrer la personne de sa vie ou on attend que les enfants aient grandi.
On attend des nouvelles.
On attend du changement.
On attend d’avoir enfin du temps ou d’avoir des amis.
On attend le facteur, on attend le plombier.
On attend de mourir ou on attend d’être heureux.

Et nous, qu’attendons-nous ?
Nous attendons probablement tout ce que je viens de dire et bien d’autres choses encore. Chacun peut rajouter dans sa tête ce qu’il attend.
… (silence)

Et puis parfois vient aussi ce que nous n’attendons pas.
Comme par exemple pour cette jeune fille de Nazareth qui n’avait rien demandé à personne. Elle vivait dans un village dont personne n’avait jamais entendu parlé, dans le nord, loin de Jérusalem, un village qui ne joue aucun rôle dans l’Ancien Testament, il n’y est même pas mentionné.
Elle attendait de se marier, c’est tout ce que nous dit l’histoire, c’est tout ce qu’elle attendait.
Une jeune fille, même pas mariée, même pas en état de fonder une famille.
Dans la culture populaire du judaïsme de l’époque, elle ne comptait vraiment pour rien.
Elle n’était rien, rien d’important, rien de particulièrement bien.
Et pourtant, soumis à toutes sortes d’influences, nous nous faisons parfois de Marie l’image d’une jeune fille idéale, parfaite en tout point, pieuse, droite et bonne.
Nous nous en faisons, en fait, une image lointaine, loin de notre quotidien imparfait, loin de nous qui ne sommes pas toujours si admirables.
Mais pas de jeune fille idéale dans la Bible.
Juste n’importe qu’elle fille, n’importe quelle fille qui n’a aucune qualité propre.
Cela pourrait presque être n’importe qui.
Cela pourrait presque être nous, cela pourrait presque être toi ou toi.
Rien ne distingue cette jeune fille, rien ne la prédispose à ce que l’ange lui dit en guise de bonjour :
« Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi ».

Elle n’a rien fait pour cela, elle n’y est pour rien, mais Dieu l’a choisie. (…)
Et si Dieu nous choisissait ?
S’il te choisissait, toi ou toi ?
Comme ça, par surprise, sans que rien ne nous y prédispose.
Si l’on venait te dire, « Toi, le Seigneur est avec toi »

Nous qui passons notre vie à attendre toutes sortes de choses qui viendront ou ne viendront pas, accepterions-nous que vienne quelque chose que nous n’attendons pas ?
Comme Marie.
Quand l’ange lui dit : « Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi », Marie s’étonne, elle sent bien que cette salutation cache quelque chose de peu ordinaire.
Mais elle accepte, elle accepte tout de suite ce que lui dit l’ange, qu’elle a été choisie par Dieu.
Et partant, elle croit tout le reste, toute la suite.
Elle ne s’étonne pas du tout de l’extraordinaire futur que décrit l’ange :
« Tu vas être enceinte ; tu mettras au monde un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus.
Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob ; son règne n’aura pas de fin. »
« La maison de Jacob » cela représente tout le peuple d’Israël.
La seule question qu’elle pose est presque rhétorique. Cela concerne la façon dont elle va se retrouver enceinte puisqu’il n’y a pas d’homme dans sa vie.
Mais justement elle était fiancée, elle allait se marier tôt ou tard et le petit problème technique qu’elle soulève était de toute façon en passe de se résoudre.
Par contre de savoir qu’on appellera son fils le Fils du Dieu très-haut, que le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, qu’il régnera pour toujours sur le peuple d’Israël, et que son règne n’aura pas de fin … rien de tout cela ne l’étonne. Elle y croit. Elle embrasse immédiatement et totalement le dessein de Dieu.
Cette chose incroyable qu’elle n’attendait pas, à laquelle elle ne s’attendait pas.C’est un sacré bouleversement pour une jeune fille qui attendait simplement de se marier !
Et puisqu’elle a accueilli le destin merveilleux que Dieu lui réserve, elle pourrait dire à Dieu : « OK dis moi ce que je dois faire ». Mais non, elle dit seulement à Dieu, à toi de faire ce que tu as à faire : « Je suis l’esclave du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ».
Elle, Marie, n’a rien de particulier à accomplir. Dieu l’a choisie, il est avec elle. Cela suffit. (….)
Le mot esclave nous fait un peu frémir. Il faut le remettre dans le contexte de l’époque où l’esclavage était un des fondements de la société.
Cela n’en fait pas quelque chose de moins grave bien sûr, mais ce que Marie veut dire en se disant l’esclave de Seigneur, c’est qu’elle ne s’appartient pas.
Ni son corps, ni sa personnalité entière ne sont soumise à sa propre volonté, mais à celle de Dieu.
De nos jours on dirait plutôt : « je me remets entre tes mains, quoi qu’il advienne ».

Nous qui sommes en permanence tendus, dans l’attente du métro qui va venir, dans l’attente du coup de fil qui n’arrive pas, dans l’attente du bonheur, sans l’attente de la vie éternelle …
Nous qui sommes continuellement tournés vers l’une et l’autre chose que nous attendons, pouvons-nous accueillir ce que nous n’attendons pas, être choisis par surprise, sans avertissement ? Comme Marie ?

Je disais il y a quelques instants, « Marie cela pourrait presque être nous », mais je rectifie, Marie, c’est nous, c’est toi ou toi ou moi.
Parce que, comme c’est le cas pour Marie, Dieu t’a choisi.
Dieu est avec toi.
Même si tu ne le sais pas, même si tu ne t’y attends pas. Surtout si tu ne t’y attends pas. On croit qu’on attend de se marier, comme Marie ; on croit qu’on attend le bus et en fait c’est Dieu qui arrive.
C’est Dieu qui arrive, ou plutôt c’est Dieu qui est là, qui est là depuis toujours, à nos côtés, même dans notre quotidien imparfait, même pour nous qui ne sommes pas toujours si admirables.
Dieu ne vient pas, à la fin de notre attente, pour combler notre impatience ou notre anxiété.
Il est là dès le début, pour bouleverser notre attente, la renouveler.
Et comme Marie, nous n’avons rien de particulier ou d’extraordinaire à accomplir.
Juste à croire, à accepter cette certitude incroyable que nous dit l’ange Gabriel : « rien n’est impossible à Dieu ».

Et dans ce temps de l’avent qui commence, nous le savons bien, que rien n’est impossible à Dieu.
Que Dieu va venir parmi nous, qu’il va faire naître son fils parmi nous, ce fils qui va cheminer à nos côtés, souffrir avec nous, parce qu’il se préoccupe de nous.
Alors cessons de tendre nos vies dans des attentes qui nous projettent dans le futur ou hors de nous-mêmes. La certitude est là, tout de suite, pour nous, pour toi ou toi, maintenant : « N’aie pas peur, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Le Seigneur est avec toi. »

Amen

Plaisance, dimanche 2 décembre 2018, 1er dimanche de l’avent — Pasteure Marie-Pierre Cournot

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