Noël : Quand la Parole se fait commencement

Jean 1.1-14

« Au commencement était la parole »

L’évangile de Jean est le plus tardif de nos quatre évangiles, il a été écrit à la fin du 1er siècle, à une époque où la séparation entre juifs et chrétiens étaient en train d’être consommée.
Dans le prolongement de Jésus, les premières communautés s’étaient développées à l’intérieur de la synagogue.
Mais en quelques dizaines d’années, cette communion s’était transformée en cohabitation puis en affrontement.
La communauté qui s’était regroupée autour de l’évangéliste Jean a particulièrement eu à souffrir du conflit avec le judaïsme de l’époque.
C’est probablement à cette situation de crise que Jean fait référence quand il dit en parlant de la Parole « le monde ne l’a jamais connue » ou « les siens ne l’ont pas accueillie ».
Peut-être Jean pense-t-il également quand il écrit ces lignes, la condamnation et de la mise à mort de Jésus qu’il va bientôt relater.
Néanmoins, ou peut-être d’autant plus, Jean commence son évangile par les mêmes mots que ceux qui ouvrent la Torah juive, les premiers mots de l’Ancien Testament : « Au commencement ».
Beaucoup d’exégètes et de traducteurs ont fait remarquer que cette expression, que ce soit dans l’hébreu de l’Ancien Testament ou dans le grec de l’évangile de Jean, était en réalité « Dans un commencement ».
Il ne s’agit pas d’une origine absolue, il s’agit simplement d’un commencement.
Quel commencement ?
Des commencements, il peut donc y en avoir plusieurs.
Nous avons celui du livre de la Genèse et puis nous avons celui de l’évangile de Jean.
D’abord celui du monde et de l’être humain, puis celui de Jésus.
Et les deux sont reliés par ces quelques mots « au commencement ».
Les deux nous renvoient à un acte de création primordial et donc à un créateur.
Les deux sont notre histoire. Votre histoire.
Le commencement de notre histoire, de votre histoire.
L’histoire de votre création. Peut-être de notre re-création.
Car un autre commencement se cache dans ces lignes, le plus important, le vôtre.

Mais qui existe avant ces commencements, avant que les choses qui vont être, ne soient inaugurées ?
Pour le livre de la Genèse, c’est Dieu,
Pour l’évangile de Jean, c’est la Parole,
Pour Jean, Dieu et la Parole ne font qu’un.
Il le dit d’ailleurs on ne peut plus clairement « La Parole était Dieu ».
Elle participe de l’essence de Dieu, de son être même.
Elle est l’organe créateur de Dieu « Tout est venu à l’existence par la Parole, et rien n’est venu à l’existence sans elle ».
Dieu créé par la parole.
La parole est créatrice.

La culture hellénistique qui a influencé l’auteur du 4e évangile, est familière de cette notion de « parole créatrice ».
La longue tradition philosophique grecque y voit « La raison », garant d’un ordre cosmique du monde et présent dans chaque être humain comme faculté supérieure.
Cette pensée grecque a également des prolongements dans le judaïsme de l’époque qui développe le concept de Sagesse, comme incarnation de Dieu, venue sur terre sous une forme plus ou moins anthropomorphe, pour éclairer les humains.

Cette parole, l’évangéliste Jean l’incarne en Jésus.
Je relis le verset : « La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; »
Jésus est cette parole.
La parole est là avant le commencement, comme un commencement absolu et fondateur.
Avant le commencement de son histoire parmi les êtres humains, Jésus avait donc une autre histoire, celle de la prééxistence intemporelle.
Rien que par les deux premiers mots de son évangile « Au commencement », Jean pose que Jésus est Dieu, celui qui existe dans un temps autre que celui de notre histoire.
Celui qui créé par la Parole.

Le verset 4 dit à propos de la Parole : « en elle était vie, et la vie était la lumière des humains. »
On voit comme cette Parole déborde de sens.
Il ne faut pas moins que la vie et la lumière pour essayer de rendre la portée créatrice de la Parole.
Vous vous êtes sûrement déjà demandé d’où vient la vie.
Pas la vie biologique, les scientifiques sont là pour essayer d’en percer toujours plus profondément le mystère, dans une optique de progrès et d’amélioration de nos conditions de vie.
Non je veux dire ce « supplément d’âme » qu’un philosophe français appelait de ces vœux il y a un siècle pour accompagner les développements techniques.
Je ne veux pas dire qu’à l’époque de l’évangéliste Jean on avait besoin de moins d’âme que maintenant !
Mais je veux dire que maintenant nous pouvons avoir l’impression de ne pas en avoir besoin puisque la science nous donne les bonnes réponses.
Mais la science perd son objectif si on fait l’économie de notre âme.
Ce supplément d’âme, nous permettrait parfois de sortir de chemins obscurs où nous pouvons avoir le sentiment de nous perdre.

Nous pouvons alors nous laisser inspirer par la parole de Dieu et par celle de Jésus.
La Parole nous éclaire.
La Parole se fait lumière pour les êtres humains.
Jésus est cette parole qui est lumière pour les êtres humains, pour tous les êtres humains.
Cette Parole nous est transmise par des textes écrits il y a 20 à 30 siècles.
Pour ne pas trahir leurs messages, il faut les recontextualiser, les remettre dans leur milieu d’origine.
C’est ce que nous essayons de faire tous les dimanches dans ce temple en lisant et commentant ces textes qui nous parlent de Dieu et de Jésus, qui explorent les différents liens que les êtres humains ont construits avec Dieu et les différents chemins qu’il ont suivis pour être, à leur tour, illuminés de cette lumière divine.

Dans le passage que nous avons lu, il est dit qu’un homme vient pour témoigner de cette lumière, il s’appelle Jean.
Ce Jean n’a rien à voir avec l’auteur de l’évangile, si ce n’est qu’ils partagent le même prénom.
Jean, ici, c’est celui que nous appelons Jean Baptiste car il a baptisé Jésus.
L’arrivée de Jean Baptiste, c’est en quelque sorte encore un commencement, cela inaugure l’histoire de Jésus parmi les êtres humains.

Nous qui sommes des êtres humains, doués de parole, ce n’est pas si étonnant de se dire que nous avons été créés par une parole.
Une parole qui vous créé, ou vous recréé dans un autre commencement.
Une parole qui apporte de la vie.
Mais notre propre parole peut-elle être aussi commencement ? Peut-elle apporter la vie ?
Oui, je le crois.
Quand notre Parole se laisse habiter par la lumière de Dieu ou de Jésus, elle peut-être lumière et commencement pour qui la reçoit.
Bien sûr notre parole ne s’inscrit que dans le temps de ce monde, celui des êtres humains.
Mais dans ce monde aussi il y a des personnes qui attendent la lumière et des vies qui attendent un recommencement.
Notre parole peut les y conduire.
Par notre parole, la Parole de Dieu peut nous éclairer tous.
Si nous sommes éclairés, nous deviendrons lumineux pour les autres.
La fête de Noël que nous célébrons chaque année nous réinstalle dans cette lumière et nous rappelle que Dieu, en Jésus, est venu nous rejoindre sur cette terre, il a fait sa demeure parmi nous.
Il est venu d’une façon tout à fait inattendue, lui qui existait depuis toute éternité et pour toute l’éternité, il est venu sous les traits frêles d’un nouveau-né.
Un nouveau-né : c’est-à-dire un être humain nouvellement né.
Un peu plus loin dans son évangile Jean fera dire à Jésus qu’il nous faut naître de nouveau.
Cela nous rappelle que Jésus est nouvellement né pour nous.
Pour que notre parole soit lumineuse et féconde.
Pour que nous puissions transmettre la bonne nouvelle de cette naissance, de l’arrivée de la Parole créatrice parmi nous.
Cette Parole nous nourrit, elle nous permet de nous remettre de nos dessèchement, de nos momifications, elle vient nous rechercher dans nos voies sans issue, nous sortir de nos isolements, en un mot nous redonner vie, nous recréer.
Elle nous rend lumineux pour nous-mêmes et pour les autres.
Laissons-nous inspirer par cette parole de vie, plus forte que la mort, et transmettons-la !
Amen

Plaisance, dimanche 25 décembre 2018 — Pasteure Marie-Pierre Cournot

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s