Dieu nous a créés humains

Jean 2.1-12

En préparant ce culte je me suis demandé jusqu’à quand durait la liturgie de Noël.
Depuis le 25 décembre, nous utilisons les chants liturgiques de Noël.
Les temps liturgiques sont une spécificité plutôt luthérienne, mais on en trouve aussi des éléments dans des paroisses d’origine réformée comme ici où nous chantons les mêmes chants liturgiques pendant tout le temps correspondant.
On dit chants liturgiques ou spontanés en souvenir de l’époque où tous les participants au culte étaient si réguliers que le pasteur n’avait pas besoin d’annoncer le chant, tout le monde savait à quel moment il fallait chanter et quel chant il fallait chanter.
Dans notre paroisse l’année est divisée en 4 temps liturgiques.
L’Avent, du premier au quatrième dimanche de l’Avent, c’est-à-dire le mois qui précède Noël.
Puis le temps de Noël, du 25 décembre au début du Carême.
Le carême commence le mercredi des cendres, le lendemain de mardi gras. Cette année le carême commencera le 6 mars. Et ce sera donc le début du temps du Carême et de Pâques qui dure jusqu’à Pâques.
Après Pâques c’est le temps de Pentecôte et de l’Église, qui dure jusqu’à l’Avent.
Et tout recommence.
Dans d’autres lieux, le découpage peut être un peu différent, en particulier le temps de Noël dure parfois beaucoup moins longtemps.
Quel que soit le découpage, cela m’interroge, ce souci de faire entrer la vie de Jésus, une trentaine d’année tout de même, dans une seule année calendaire.
Du coup on fête Pâques trois ou quatre mois après Noël.
En même temps je ne vois pas comment on pourrait fêter Noël et Pâques en les espaçant de trente ans à chaque fois !
Remarquez, on ferait des économies de sapin !
Tout ça pour dire que nous sommes au temps liturgique de Noël encore pour un mois et demi.
C’est un peu surprenant, car Noël et ses festivités me semblent bien loin et l’actualité s’est chargée de nous rappeler que « La trêve », comme on appelle parfois la période des fêtes, est finie.
Dans l’épisode des Noces de Cana, nous sommes tout au début de l’évangile de Jean.
Jean ne nous parle dans son évangile ni de la naissance de Jésus ni de son enfance, donc on démarre tout de suite dans sa vie d’homme mûr.
On est ici devant le premier miracle de Jésus dans cet évangile.
Je dis « miracle », mais l’évangéliste Jean n’utilise jamais ce mot, il dit « signe ».
Jésus fait des signes.
Le mot miracle nous parle d’une chose merveilleuse, d’une chose extraordinaire.
Le signe parle de quelque chose de beaucoup plus modeste en apparence mais qui a un sens, ou une portée symbolique, beaucoup plus importante.
Comme changer l’eau en vin au cours d’un mariage.
Ce signe assez modeste, c’est la façon qu’à l’évangéliste Jean de nous dire : « voilà, il y a quelque chose d’extraordinaire qui est arrivé, quelque chose de tout à fait inattendu ».
Et c’est quoi ?
C’est le fait que Dieu décide de venir vivre sur terre, au milieu des êtres humains pour inaugurer un nouveau temps où toutes les références et les repères auront changé.
Ce temps nouveau, c’est un temps où ce à quoi on se rattachait, comme la famille où les rites de purification, n’ont plus aucun crédit.
La famille, cette sacro-sainte institution, Jésus l’envoie voler en éclats en parlant très durement à sa mère.
Il lui dit : « Femme, qu’avons-nous de commun en cette affaire ? ».
L’expression grecque que Jean met dans la bouche de Jésus renvoie à une expression hébreu de l’Ancien Testament très péjorative.
Les rites de purification et toutes les autres lois, impératifs, normes, voire mêmes les dogmes, qui sont réputés indispensables pour être bon croyant et vivre selon les préceptes de Dieu, Jésus les balaye, il les vides de leurs sens en remplissant les jarres de purification de bon vin !
Avant le signe opéré par Jésus, ces vases étaient impliqués dans un processus de purification qui permettait de se laver de ses impuretés, qui rendait pur, parfait, inaltéré.
Ces jarres sacrées Jésus les transforme en ustensiles de vaisselle.
Quoi de plus banal qu’une carafe ou un pichet de vin que l’on utilise tous les jours, qui se salit en permanence et que l’on doit nettoyer sans cesse.
D’un vase qui rendait pur, Jésus fait une cruche qu’on doit laver pour qu’elle reste utilisable.
On est très éloigné du sacré.
Et encore plus si l’on pense que les rites de purification servaient en quelques sorte à se rapprocher de Dieu.
Les personnes qui y avaient recours, s’en servaient pour se défaire symboliquement de leur composante humaine altérée et de regagner en divinité.
À la place de cela, Jésus offre beaucoup de bon vin.
Un élément indispensable pour faire la fête, pour se réjouir ensemble, pour partager ce qui fait notre humanité.
Vous vouliez être aussi parfait que Dieu pour vous rapprocher de lui ?
C’est fini, dit Jésus !
C’est Dieu qui a fait le chemin, c’est lui est venu près de vous.
Justement pour vous rappeler que vous êtes des êtres humains et pas des dieux.
Si Dieu avait voulu nous créer dieux, il ne nous aurait pas créés humains.
Nous avons été créés humains pour être pleinement humains.
C’est sortir du plan de Dieu pour nous que de vouloir être parfaits et purs.
Il a fallu que Dieu endosse une carcasse humaine pour venir nous le rappeler !
Notre mission, c’est de boire ensemble, de faire la fête ensemble, de se réjouir, de partager, de faire du lien, de nous occuper les uns des autres, d’être imparfaits ensemble.
De ne laisser aucune loi, aucun dogme, aucun rite, aucune emprise – fusse celle de notre famille – nous séparer de nos frères et sœurs.
Et ne croyez surtout pas que l’on peut se donner bonne conscience en partageant avec les autres ce qui nous reste ou ce dont nous ne voulons plus.
Ce que Jésus nous donne à partager c’est le meilleur vin qui soit !
Et en grande quantité puisqu’il y a six jarres de deux ou trois mesures, ce qui fait environ 800 litres en tout !
Il faut avoir de l’audace pour assumer d’être imparfaits.
Parce que c’est bien plus facile, et bien plus pratique, de penser qu’il est à notre portée de se sanctifier, c’est-à-dire devenir plus ou moins saint !
Mais d’une part c’est totalement inefficace, nos efforts ridicules pour essayer d’être purs sont ce que nous pouvons faire de plus imparfait.
D’autre part, c’est de l’ordre de l’idolâtrie puisque nous adorons notre perfection en lieu et place d’adorer Dieu.
Humains nous sommes, humains nous devons rester.
C’est notre nature altérée que nous devons cultiver et non notre désir d’être inaltérés.
Dieu est donc venu sur terre, il nous donne rendez-vous.
Au milieu de tous nos rendez-vous, il y a Dieu qui est venu nous rencontrer.
Ce rendez-vous pour nous, c’est un vrai chamboulement, un déracinement.
Et c’est maintenant.
Devant les six jarres qui contiennent du bon vin, Jésus dit : « Puisez maintenant »
Dans cette bonne nouvelle de Dieu qui est venu près de nous, pour nous, sous les traits d’un être humain comme vous et moi, nous pouvons puisez maintenant.
Finalement le temps liturgique de Noël pourrait durer toute l’année pour nous dire tout le temps la présence de Dieu qui vient habiter notre humanité.
Puisez des forces, des forces qui sont pour nous-mêmes, indépendamment de notre famille à qui nous pouvons dire comme Jésus à sa mère « qu’avons-nous de commun en cette affaire ? »
Chacun puisera des forces pour soi, sans compte à rendre aux autres.
Mais des forces qui se partagent comme le repas dans une noce.
Ce vin que nous partageons, à l’apéro, pour accompagner un repas ordinaire ou un repas de fête comme dans l’évangile de ce matin, ce vin aussi que nous partageons à la table où le Christ nous invite.
Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut boire du vin tout le temps !
Ce vin est un symbole des nouveaux repères que nous pouvons trouver dans ce don que Dieu nous fait de sa personne pour venir honorer notre essence imparfaite.
C’est un signe, au sens où l’emploi l’évangéliste Jean, quelque chose d’anodin qui témoigne d’une réalité merveilleuse, celle de notre humanité commune, de notre altération commune.
Ce n’est pas pour rien que des mots comme « altruisme, bienveillance, bonté, charité, clémence, douceur, générosité, » sont des synonymes d’humanité.
Amen

Plaisance, dimanche 20 janvier 2019 — Pasteure Marie-Pierre Cournot

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