Qu’est-ce qui compte dans votre vie ?

Luc 5.1-11

Frères et sœurs, qu’est-ce qui compte dans votre vie ?

Nous sommes au chapitre 5 de l’évangile de Luc, il y a donc quatre chapitres avant.
Ils nous relatent la naissance de Jésus, un épisode de son enfance, l’histoire de Jean qu’on appellera Jean-Baptiste, le baptême de Jésus et le début de sa vie publique qui commence au chapitre 4.
A partir de là, il enseigne dans les synagogues de Galilée et le bruit se répand très vite qu’il s’agit de quelqu’un d’exceptionnel.
Parallèlement, il commence à faire des miracles : il chasse des démons qui avaient envahi des personnes et guérit de nombreuses personnes malades.
Les foules commencent déjà à le chercher et à le suivre.
Il fait même un séjour en Judée à la fin du chapitre précédent.

Tous les miracles et les déplacements qu’il a fait jusqu’à présent, il les a fait seul.
Suivi par la foule, mais seul.
Ce n’est que maintenant qu’il va se choisir une équipe pour le suivre : les disciples.
Ce n’est que maintenant qu’il va appeler des individus personnellement.
Qu’il va en définitive, leur demander : « Mais qu’est ce qui compte dans votre vie ? »
Nous voyons ce matin l’appel des quatre premiers disciples.

Au début du passage que nous venons de lire, Jésus est de retour en Galilée, au bord du lac.
Et dans un premier temps, il va prendre de la distance.
Il s’éloigne d’abord un peu du rivage pour se détacher de la foule anonyme, puis il s’éloigne encore un peu plus pour arriver en eaux profondes propices à la pêche.
Puis c’est Simon-Pierre – que Luc appelle tantôt Simon tantôt Simon-Pierre – qui va vouloir mettre de la distance entre Jésus et lui, il lui dit : « Seigneur éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur » (qui a commis le péché).
Il ne veut pas dire par là qu’il a commis des meurtres ou d’autres choses terribles, ou peut-être que si d’ailleurs, mais plutôt que sa relation à Dieu n’est pas parfaite, en tout cas pas aussi pure qu’il le souhaiterait.
Simon-Pierre a reconnu la manifestation de la puissance de Dieu, dans les filets de pêche pleins à craquer, et selon les principes du judaïsme du Proche-Orient Ancien, il ne convient pas de mettre côte à côte ce qui est sacré et ce qui ne l’est pas.
Simon craint même peut-être pour sa vie si lui, l’homme imparfait, s’approche trop près de cet individu qui manifestement a des pouvoirs divins.

Mais Jésus, s’il prend de la distance avec la foule anonyme, fait tout pour se rapprocher des marins.
Je vais dire « les marins » à la place des « pêcheurs qui pêchent des poissons » pour éviter la confusion avec ceux qui commettent le péché.
Dans la traduction de la TOB, pour éviter cette confusion, ceux qui commettent le péché sont appelés « les coupables ».
Cela ne me plaît pas, je préfère les appeler pécheurs et ceux qui s’occupent des poissons « les marins » !

Jésus donc rejoint les marins dans leur vie quotidienne, alors qu’ils sont en train de laver leurs filets.
Dans cette histoire d’appel à suivre le Christ, c’est Jésus qui vient d’abord rejoindre les êtres humains là où ils en sont.
Il endosse même leurs soucis matériels : ils n’ont attrapé aucun poisson après des heures de pêche, et lui va leur en trouver.
Non seulement Jésus ne leur dit pas qu’il faut se désintéresser du matériel pour le suivre, mais il s’intéresse de près, de très près à leurs affaires.
Il leur apporte une résolution pratique très efficace, mais d’une autre dimension.
Imaginez : la pêche est tellement bonne que les filets craquent et les bateaux s’enfoncent !
Ce n’est qu’une fois que Jésus a résolu leur problème d’intendance – problème vital tout de même – que les marins laissent leurs filets et leurs bateaux et le suivent.

Il y a dans ce récit de pêche miraculeuse, quelque chose de l’irruption d’un au-delà.
Non pas de l’au-delà, c’est-à-dire ce qui se passe après la mort.
Mais quelque chose qui vient d’ailleurs, qui est au-delà de nos référentiels.
Qui ne les renie pas pour autant.
Mais qui les dépasse.

Un appel qui me sort de ma vie ordinaire, tout en s’enracinant dedans.
S’il n’y a pas d’appel, ma vie quotidienne est vide, au sens propre, les filets sont vides ;
au sens figuré ma vie est vide de sens.
La nature et l’être humain ayant horreur du vide, on est souvent tenté de combler les vides de notre vie par une abondance de ce qui est à portée de main, de ce qui fait volontiers du volume à l’œil nu et que l’on appelle dans notre langage moderne : les biens de consommation.
Et il faut dire que notre époque nous donne l’embarras du choix …
Presque plus aucune contrainte géographique ne limite nos choix.
Il est loin le temps où les épices ou bien les oranges étaient des produits de luxe parce que venant de pays lointains.
La profusion des offres promotionnelles et sites internet de ventes soit disant privées de grandes marques brouillent complètement les repères que nous avions de la valeur des produits.
La multiplication des braderies, vide-greniers et sites de vente aux enchères en ligne où l’on peut vendre, acheter, revendre et encore acheter et donc renouveler en permanence tous nos biens, du plus précieux au plus anodin, revisite la valeur que l’on donne à la durée de vie et à la permanence.
Il y a des bons côtés à ces achats-reventes à répétition d’objets d’occasion, comme celui de rappeler que tout ce que nous vivons, tout ce que nous possédons, tout ce que nous sommes, s’inscrit toujours dans le déroulement d’une histoire universelle, où notre propre expérience à sa place dans le chaînon des multiples expériences de ceux qui nous ont précédés, de nos contemporains et de ceux qui nous suivront.

Je lisais l’autre jour un article sur les collapsologues (formé sur le mot « collapsus » qui veut dire « qui s’effondre subitement ».
Les collapsologues sont des personnes qui se préparent à vivre dans un avenir proche l’effondrement brutal de la civilisation industrielle.
Pour cela ils ne font pas des réserves de fous, comme le font les survivalistes, non les collapsologues développent un système approfondi de vie en autonomie, basé sur l’écologie et où la spiritualité a une place importante.

Sans aller jusque-là, je comprends que l’on veuille essayer de sortir d’une spirale horizontale qui fait que l’avenir n’est jamais que le présent en pire, en tout cas en plus ou en moins, mais rien d’autre.
Et comme on a tous envie que ce qui est devant nous soit plutôt du plus par rapport au présent, alors on entasse !
On achète plus, on consomme plus, on travaille plus, on lit plus, on apprend plus, on veut tout savoir quitte à vivre sa vie dans la profusion des illusions des réseaux sociaux et des informations universelles.
Qu’est ce qu’on aura gagné quand on saura tout ?
La seule chose qu’on saura c’est qu’on ne sait rien, alors on aurait pu s’éviter toute cette folie dévoreuse d’information et de contacts.

Jésus balaye nos besoins de satiété d’un revers de filet plein à craquer.
C’est comme s’il disait : « vous vouliez du plein, en voici ! Maintenant on peut passer à autre chose, à ce qui est important »

C’est assez difficile de comprendre ce que veut dire l’image employée par Jésus quand il dit à Simon-Pierre que ce sont désormais des êtres humains qu’il prendra dans ses filets.
Cela se rapporte à des références de l’Ancien Testament, comme on en trouve dans le livre de Jérémie ou celui d’Amos où cette image des êtres humains pris dans un filet de pêche est plutôt négative puisqu’elle signe la capture, préfigurant le massacre, du peuple hébreu par ses ennemis, Assyriens ou Babyloniens.
Dans d’autres textes de l’Ancien Testament il s’agit au contraire des ennemis du peuple hébreu qui seront ainsi traités par Dieu.
Dans l’Évangile, Jésus repense cette métaphore en en faisant une image positive de regroupement des humains appelés par Dieu à le suivre.
De ce filet porteur de mort, Jésus va faire un filet qui donne du sens, qui met de la vie, du relief, dans les quotidiens vides et aplatis.
Là encore, l’appel vient chercher les appelés dans leur vie : leur métier était de ramasser dans des filets et Jésus leur propose de continuer à ramasser dans des filets.
Il y a bien sûr une nouvelle dimension qui est introduite par cet appel.
Le surgissement de Dieu qui réorganise notre vie, notre quotidien, en lui donnant le recul nécessaire où peut se glisser du sens.

Un appel, donc, à suivre Dieu.
L’appel est personnel, loin de la foule anonyme, mais il n’est pas solitaire : « Il en était de même de Jacques et de Jean ».
Il retentit pour chacun de nous dans notre vie quotidienne sans pour autant vouloir forcément nous en sortir radicalement, il vient nous cueillir au cœur de nos préoccupations.

A la question « comment je mets du sens dans ma vie ? », « qu’est ce qui compte pour moi ? », répondons en nous laissant l’opportunité d’entendre et de suivre cet appel.

Amen

Plaisance, dimanche 10 février 2019 – Pasteure Marie-Pierre Cournot

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