« Mon enfant, je mets en toi toute ma joie »

Marc 1.8-11

Frères et sœurs,

Vous imaginez, là, si au-dessus de nos têtes, les cieux se déchiraient comme pour le baptême de Jésus :
« Dès que Jésus remonta de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. »
Cela devait être impressionnant ce ciel qui se déchire !
C’est typique dans la Bible quand il s’agit de mettre en scène l’arrivée ou la présence de Dieu.
On convoque alors souvent l’orage, le tonnerre, la foudre ou même les tremblements de terre !
Ici, dans le même registre, les cieux se déchirent.
Et cette déchirure laisse passer une petite colombe, légère et blanche.
Cela nous dit une fois de plus que Dieu n’est pas comme on se l’imagine parfois quelqu’un de puissant et de violent.
Il est une frêle colombe, rien d’autre qu’un petit oiseau que l’on peut tenir dans sa main.

Puisque nous avons commencé ce culte en français et en anglais et que nous aurions pu aussi y mettre de l’allemand, puisque le papa d’Erika lui parle en anglais et sa maman lui parle en allemand, nous allons, pour mettre tout le monde d’accord faire du grec ensemble !

Il y a la voix venue d’en haut qui accompagne la colombe en disant cette phrase étonnante :
« Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir ».

Cette traduction qui peut surprendre est en fait très proche du grec de Marc, et c’est sans doute pour cela que la NBS l’a préférée à d’autres.
Là encore, il faut regarder le grec pour comprendre ce que cela veut nous dire.
Le verbe grec n’est pas facile à traduire, et d’autres Bibles ont choisi de traduire cette phrase par :
« Tu es mon Fils bien-aimé ; je mets en toi toute ma joie. »
Ou bien « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé ce qui était bon. »
Et certains théologiens proposent même, « Tu es mon Fils bien-aimé ; il m’a plu de te choisir. » car le verbe grec utilisé par Marc peut aussi vouloir dire choisir.

Ces diverses traductions nous dessinent cependant bien l’idée que l’enfant est une source de sentiment positif et de joie pour le Père.
Il y a de la bienveillance, de la tendresse même, de la générosité, mais aussi de l’admiration dans cette parole.
Et de la volonté.
La volonté d’un père de reconnaître son enfant.
Il lui dit, comme il nous dit à chacun d’entre nous : « mon enfant, je t’ai regardé avec un plaisir inouï, je t’ai trouvé en toi beaucoup de bonheur et je t’ai choisi ».
Dieu est heureux !
Il est plein d’admiration pour son fils et en cadeau, on pourrait presque dire en héritage, il lui donne toute sa joie : « Mon enfant, je mets en toi toute ma joie ».
Est-ce que ce n’est pas un cadeau magnifique qu’un parent peut faire à un enfant de lui dire : Mon enfant, je mets en toi toute ma joie ».
Nous qui sommes tous, baptisés ou pas, enfant de Dieu, c’est à nous qu’il dit : « Mon enfant, je mets en toi toute ma joie ».

Et ce matin nous pouvons tous dire, « Erika, je mets en toi toute ma joie ».

Pour compliquer encore les choses, tous les manuscrits grecs que nous avons à notre disposition n’ont pas la même phrase.
Certains ont une phrase un peu différente, que l’on trouve aussi dans le Psaume 2 (v. 7) :
« Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui ».
Dans le Psaume 2, il s’agit de ce que, dans l’Israël ancien, Dieu dit au roi le jour de son intronisation.
Son identité de roi, il la tient directement de Dieu.
Cela peut nous éclairer pour comprendre ce que Dieu dit le jour du baptême de Jésus, ce qu’il nous dit à chacun d’entre nous : « ton identité, c’est d’être mon fils ».

Ce fameux verbe grec que l’on traduit par « en toi j’ai mis tout mon plaisir » n’indique pas un moment précis, ni présent, ni passé, ni futur, mais plutôt une action qui dure.
C’est que précisément, cette reconnaissance de son enfant n’est pas cantonnée au moment du baptême.
Dieu reconnaît son enfant dans la durée, de tout temps, depuis toujours, depuis toute éternité, même bien avant que cet enfant n’existe.
Dans notre texte, au moment du baptême, Dieu parle, grâce à cette voix qui vient du ciel et que tout le monde entend.
Et Dieu dit quelque chose qui existe depuis toujours : la filiation qui légitime Jésus et qui nous légitime chacun en tant qu’être humain, et pour ceux qui le sont, en tant que croyant.
Mais il dit aussi cette reconnaissance de paternité qui l’engage, lui, en tant que père.
L’engage et le rend heureux.

Cette dans cette relation que Dieu instaure avec ses enfants, de toute éternité, dans cette relation avant tout joyeuse que nous avons à vivre !
Pas toujours facile à croire, vus les malheurs et les découragements que nous avons à affronter dans notre monde.
Et pourtant, c’est bien ce que Dieu dit à Jésus le jour de son baptême, devant tout le monde.
Et il le dit sous forme d’une colombe, signe de la discrétion et de la fragilité de la relation que Dieu nous offre.
Discrétion, c’est sûr.
C’est tellement discret, que parfois même nous ne savons pas, ou nous avons oublié, que Dieu nous a engendrés et qu’il a mis en nous toute sa joie.
Fragilité, oui, comme toute relation.
Toute relation demande, si je puis dire, de l’entretien !
Toute la joie de Dieu est en chacun d’entre nous, il n’en faut pas douter.
C’est un cadeau que Dieu nous donne.
Cette petite colombe est entre nos mains.
À nous d’en profiter !
Heureusement ce cadeau ne dépend pas de nous, sinon, cela fait bien longtemps qu’on l’aurait perdu, cassé ou revendu peut-être.
Ce cadeau s’origine en Dieu, comme l’identité royale du roi vient de Dieu quand il dit « Tu es mon Fils, c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui ».

S’il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour que Dieu nous le donne, c’est par contre au moment du baptême que l’on dit devant tous notre joie à le recevoir, pour nous ou pour notre enfant.
Le baptême, c’est le moment de la reconnaissance, mais le cadeau lui préexiste depuis toujours et pour toujours.
Cela rend possible l’irruption de Dieu dans notre vie, peut-être pas comme une colombe descendant des cieux déchirés ni comme une voix que tout le monde peut entendre.
Peut-être plus simplement comme une voix que nous entendons au fond de notre cœur.
Cette voix que Dieu fait entendre ce jour-là, vous aussi vous pouvez l’entendre,
Ce « oui » joyeux que Dieu dit à son enfant, il est pour vous aussi.
Amen

Plaisance, dimanche 28 avril 2019, Baptême d’Erika Walker-Berthon — Pasteure Marie-Pierre Cournot

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