L’argent — Est-il permis de payer ses impôts ?

Luc 20.20-26

Rendez-vous à Dieu !

« Est-il permis, oui ou non, de payer ses impôts ? ».

Vous voyez que l’envie de ne pas payer ses impôts ne date pas d’hier. Mais vous avouerez que c’est une drôle de question ! « Est-il permis de payer ses impôts ? ». Une question plus habituelle de nos jours serait plutôt « Est-il permis de ne pas payer ses impôts ? » !

Dans le cas qui nous occupe c’est pour des raisons très particulières que les scribes et les grands prêtres posent cette question. 

Ce n’était pas pour des raisons économiques qu’ils envisagent de ne pas payer leurs impôts, c’est à dire pas pour garder l’argent pour soi, mais pour des raisons politiques et religieuses, pour marquer leur opposition à l’envahisseur romain. 

En effet, l’impôt dont il est question ici est différent de nos impôts de citoyens libres. C’était une taxe imposée par le vainqueur à un pays vaincu, en l’occurrence par l’empereur romain, à la Palestine qui a été conquise par les armes.

Cet impôt n’a rien de solidaire, son montant est le même pour tous les habitants de Palestine, quelle que soit leur revenu, leur patrimoine ou leur niveau de vie. 

On l’appelle d’ailleurs « l’impôt de capitation » car il se paye pour chaque tête, pour chaque personne.  Il n’y a que les enfants et les vieillards qui en étaient exemptés. C’est un impôt fixe et non proportionnel, qui ne sert qu’à enrichir un peu plus le pays vainqueur et ne répond à aucune préoccupation de solidarité. 

Cet impôt était considéré par les Juifs de Palestine, comme le signe infamant de leur sujétion à Rome. 

Certains groupes juifs qui prônaient la rébellion armée contre Rome interdisaient même à leurs partisans de le payer.

D’où la question : « est-il permis, oui ou non, de payer ses impôts ? ».

On voit bien ici que la problématique de l’évangéliste Luc n’est pas du tout de savoir s’il entre ou pas dans le plan de Dieu que nous soyons des citoyens responsables et que nous payons nos impôts qui seront ensuite redistribués pour aider des personnes moins bien pourvues que nous. Non, la question, dans ce texte, est de savoir à qui nous obéissons. A quelle autorité nous nous en remettons. 

Soit c’est à Rome et on le marque en payant l’impôt à l’Empereur.

Soit c’est à Dieu et alors on ne paye pas l’impôt, mais on dépense son argent pour des offrandes au temple.  La question, telle qu’elle est posée, n’admet comme réponse que « oui », ou « non ». 

C’est un choix à faire. 

Et peut-être que ce choix résonne en nous, pas celui-là exactement, mais d’autres choix que nous avons eu à affronter ou que nous affrontons ? 

Cette situation devant laquelle les espions placent Jésus : « c’est ça ou c’est ça, à toi de décider ». 

Pour les scribes et les grands prêtres, la réponse est claire. Les scribes sont ceux qui retranscrivent le loi juive et les grands prêtres sont les garants du fonctionnement du Temple et de toutes les offrandes qui s’y pratiquent quotidiennement sous forme de sacrifices.  Les scribes comme les grands prêtres tiennent la présence romaine pour un châtiment de Dieu et insistent sur la piété personnelle, l’observance de la loi et la pratique des sacrifices de plantes ou d’animaux pour espérer obtenir la clémence de Dieu et donc améliorer la situation politique. 

Mais si Jésus répond qu’on ne s’en remet qu’à Dieu et qu’on ne paye pas le tribut à Rome, il passe pour un rebelle et il va avoir de gros problèmes avec l’autorité romaine en place. 

Par contre si Jésus admet qu’il faut payer son tribut à Rome, alors il ne peut plus dire que la seule loi à laquelle il obéit est celle que Dieu, son père, a donnée à Moïse. 

Il perd ainsi tout son crédit auprès du peuple de Palestine. 

Il y a donc pour Jésus dans cette question un choix à faire entre sa sécurité et son identité. Cruel dilemme. Dans les choix auxquels nous sommes confrontés, il y est souvent aussi question d’identité, et de sécurité, plutôt matérielle ou affective. Jusqu’où je suis prêt.e à sacrifier mon confort pour ne pas faire d’entorse à mes principes fondamentaux ?

Cette question des scribes et des grands prêtres, met en concurrence l’autorité de Rome et celle de Dieu. 

Elle les met en concurrence, c’est-à-dire qu’elle les met sur un même plan. 

Payer ou ne pas payer l’impôt ? 

Dieu ou l’empereur ? 

Oui ou non ? 

Et c’est là le véritable piège. 

La question contient implicitement le fait que payer l’impôt à Rome c’est reconnaitre l’Empereur comme seul maître et abandonner Dieu, et inversement qu’obéir à Dieu, c’est désobéir à Rome. 

Jésus est donc placé devant la nécessité de choisir entre deux maîtres.

Comment Jésus se sort-il de ce piège ?  

Il leur dit « Rendez-donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ou bien « Payez donc à l’empereur ce qui lui appartient, et à Dieu ce qui lui appartient ».

Jésus, n’en n’a vraiment rien à faire de l’Empereur et de ce qu’il faut lui payer ! L’important ce n’est pas la première partie de la phrase « Rendez à César ce qui est à César » ; mais la seconde, ce qu’il faut donner à Dieu. 

Ce qui importe c’est la conjonction de coordination entre les deux : ce « et » que Jésus a mis à la place du « ou » initial !

Les scribes et les grands prêtres n’avaient pas imaginé un seul instant que les deux étaient compatibles, ils sont tout étonnés, dépités, et ils ne peuvent que se taire. 

C’est précisément cela que dit Jésus : payer votre tribut à César, payer votre impôt, débarrasser vous de cette obligation même si elle est le symbole d’une situation insupportable.  Et rendez-vous disponible pour donner à Dieu ce qui lui appartient, c’est-à-dire vous. Remettez-vous entre les mains de Dieu.

Il  y a des circonstances dans nos vies où nous avons l’impression d’être devant des choix terribles, des choix qui engagent nos convictions les plus intimes, qui remettent en jeu nos idéaux non négociables. 

Comme ici les scribes et les grands prêtres. 

Jésus leur dit, là où vous voyez un choix, il y a en fait un don radical qui fait qu’il n’y a plus de choix à faire parce que la question ne se pose pas en ces termes-là. 

Et quand nous nous serons placés sous le regard de Dieu, quand nous aurons illuminé tous nos choix et nos décisions de sa présence, alors peut-être viendra le moment de décider de ne plus payer l’impôt, de se rebeller contre les Romains ou contre tout autre tyran, peut-être même sera-t-il temps de prendre les armes ! Ou peut-être pas. 

Peut-être notre chemin vers Dieu, notre chemin tracé par Dieu, prendra-t-il d’autres routes. 

Nul ne sait ce que nous réserve l’avenir. 

Par contre ce qui est sûr, c’est que Dieu nous attend. 

L’enjeu, ce n’est pas de payer ou pas ses impôts. Ce n’est pas dans cette question que se joue la fidélité à Dieu, ce n’est pas de là que viendra le salut. 

Comment les scribes et les grands prêtres ont-ils imaginé que Jésus allait se faire avoir au jeu de mettre les autorités civiles et militaires sur le même plan que Dieu ? 

Ce Jésus, qui comme ses interlocuteurs le lui rappellent en introduction, enseigne la voie de Dieu selon la vérité ? 

Et c’est d’ailleurs bien cela que va leur proposer Jésus, un nouveau chemin, une nouvelle fidélité à la loi de Dieu. 

Une fidélité qui est bien plus infinie que celle des scribes pour la loi de Moïse et les traditions, et bien plus fondée que celle des grands prêtres pour les offrandes et sacrifices au Temple. 

Une fidélité qui ne s’accomplit ni dans le respect de la loi de Moïse ni dans le respect de la loi des êtres humains, même si cette nouvelle fidélité à Dieu passe par le respect de ces deux lois. 

Mais son accomplissement ne se fera que quand nous abandonnerons la sécurité de nos questions fermées, en oui ou non, et la binarité des choix que nous nous imposons, parfois pour nous rassurer. 

Choisir entre la loi humaine et la loi de Dieu ? 

Penser que la loi de Dieu s’accomplit dans le respect de la loi civile ou même de la loi de Moïse comme le pensent les scribes ? Ou de mes convictions intimes ? 

Choisir entre Dieu et un autre maître (que ce soit nous-mêmes, l’argent, la réussite, la normalité ou même la piété pour ne citer que les plus classiques) ? … C’est bien là que nous sommes aussi butés que les scribes et les grands prêtres. 

La fidélité à Dieu est d’un tout autre plan, il s’agit de TOUT lui remettre, de nous remettre à lui entièrement. 

C’est bien ce que fera Jésus, à la fin de sa vie. Il s’en remettra à Dieu, il se remettra lui-même entre les mains de Dieu. 

Remettons-nous tous entre les mains de Dieu.

Amen

Plaisance, dimanche 20 octobre 2019 – Pasteure Marie-Pierre Cournot

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