L’argent – Zachée

Luc 19.1-10

Écouter la prédication

C’est aujourd’hui que tout se joue. À l’origine de cet énorme enjeu, aujourd’hui, la question que se pose Zachée : « qui est donc Jésus ? ». 

Nous aussi nous aimerions bien qu’il nous suffise de monter sur un arbre pour savoir qui est Jésus ! Est-ce que Jésus est Dieu, est-ce que c’est un homme, est-ce que c’est un rebelle, est-ce que c’est un illuminé ? Plus de vingt siècles après, la question que se pose Zachée paraît très pertinente !

À plusieurs reprises ces derniers temps, nous avons déjà vu que Jésus est là pour opérer un renversement. 

Ce renversement est double. 

Il y a d’abord celui de Jésus envers Zachée, puis celui de Zachée envers Jésus. 

En quoi Jésus renverse la situation de Zachée ?

La position de Zachée pourrait être enviable : il est riche et il a du pouvoir puisqu’il est le chef des collecteurs de taxes. On pourrait penser qu’étant riche et chef, tout le monde le respecterait et l’admirerait.

C’est en fait tout le contraire. 

D’abord ce grand chef est petit, physiquement de petite taille. C’est évidemment une métaphore, tout le monde s’en fiche de savoir combien il mesure. Ensuite il est méprisé par la foule qui le traite de pêcheur.

À l’époque les juifs de Palestine haïssent les collecteurs de taxes d’une part parce qu’ils collaborent avec l’autorité romaine puisqu’ils prélèvent l’impôt pour le compte de l’empire romain, et d’autre part parce qu’en échange l’administration romaine leur laisse percevoir un pourcentage en plus pour leur propre usage. 

Le premier enseignement de ce texte c’est que ni le pouvoir ni la richesse ne permettent d’être respecté et de vivre heureux et tranquille.

Le second c’est que l’argent et le pouvoir peuvent devenir des obstacles qui éloignent de Dieu.

C’est tout le paradoxe ce cet homme puissant et petit, craint et méprisé, riche et fragile. 

Ce qui compte c’est que pour arriver à ses fins, c’est-à-dire répondre à sa question « qui est Jésus ? », il est contraint à des stratagèmes et acrobaties plus ou moins dangereuses. Il croit se sortir de cette situation en s’élevant par ses propres moyens et peut-être se croit-il particulièrement malin en montant sur son arbre. Il veut voir Jésus mais, premier renversement, c’est Jésus qui va le voir, qui va lever les yeux pour porter sur lui son regard. 

Ce récit nous dit à la fin que Jésus « est venu chercher et sauver ce qui était perdu », donc il est normal que Jésus s’intéresse à Zachée, le malhonnête, égoïste et corrompu collecteur de taxes. 

Mais aussi à celui qui pense qu’il va se sortir tout seul de sa situation et répondre à la question qui le taraude (à savoir : qui est Jésus ?) par ses propres moyens.

Jésus va voir cet homme marginalisé, lui parler et loger dans sa maison. 

Pour bien comprendre pourquoi c’est un problème que Jésus loger et vraisemblablement mange avec des pécheurs et des collecteurs d’impôts, il faut se rappeler qu’à l’époque l’invitation, et le repas qui va avec, sont l’occasion de se retrouver entre personnes de la même communauté pour réaffirmer l’appartenance commune et l’unité, en particulier grâce aux règles de purification et d’interdits alimentaires qui justement définissent cette unité.

Il y a ceux avec qui on partage une certaine intimité (comme l’intimité d’un logement), avec qui on mange et, tous les autres, avec qui on n’a pas de relations proches et avec qui on ne mange pas. 

Jésus, lui, partage beaucoup avec des personnes extérieures à son milieu socio-religieux. 

Et ce partage qui a normalement une fonction de séparation (il y a ceux avec qui on partage et ceux avec qui on ne partage pas), prend avec Jésus une fonction d’unification et de communion puisqu’il intègre ceux qui étaient rejetés par la communauté, comme Zachée.

Finalement, le peuple de Dieu ne sera pas celui auquel on pensait a priori. 

Toutes les frontières seront redessinées, le peuple sera recomposé loin des règles d’appartenance traditionnelles et un pécheur sera honoré de la meilleure place, celle de descendant d’Abraham. 

Zachée lui aussi renverse sa position vis à vis de Jésus. 

La déclaration que Zachée fait à Jésus : « Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple » est ambigüe du fait de ses verbes au présent. 

On lui donne le plus souvent un sens futur : Zachée annonce ce qu’il va faire dorénavant, maintenant que la grâce a touché son cœur. 

On pourrait aussi comprendre la phrase au présent : que Zachée exprime ce qu’il fait déjà. La grâce aurait alors déjà touché son cœur, et la rencontre avec Jésus ne viendrait que le révéler. 

Mais la réponse de Jésus est plutôt en faveur de la première hypothèse : le salut, pour ne pas dire le changement, c’est maintenant.

« Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison » : mais qui est venu en réalité aujourd’hui dans la maison de Zachée ? 

C’est Jésus !

Grâce à cette visite, Zachée a vécu comme une conversion, traduite en terme de salut par Jésus, et de salut immédiat.

C’est aujourd’hui.  

Zachée décide, parce que Jésus l’a distingué sur son arbre et qu’il est venu loger chez lui, de changer radicalement de comportement. 

Il va rester collecteur de taxes, mais il fera son travail avec honnêteté, réparant ses fautes passées et partageant largement ses richesses. 

Il y a tout à parier que même en donnant la moitié de ses richesses, il sera toujours riche, moins riche mais toujours riche. 

Il est d’ailleurs toujours un homme d’argent , quand il parle de son rapport aux autres, il n’emploie que des chiffres et des pourcentages ! 

Son rapport à l’autre reste un rapport de chiffres, d’argents, de dettes et de remboursement. 

Mais ce ne sera plus une richesse égoïste et qui enferme sur soi-même, ce sera une richesse qui se vit dans le partage et où les autres ont une place. 

Le salut est venu pour Zachée, et à grâce à cette conversion qu’il a vécu, les effets du salut atteignent les pauvres et les juifs que Zachée avait floués. 

D’ailleurs le texte précise que quand il fait cette déclaration, Zachée est debout. 

C’est peut-être un signe de respect envers Jésus, ou plutôt un signe d’une vie « remise debout », ré-instaurée dans sa dignité d’être humain.

Le renversement est tel, qu’il s’adresse à Jésus en l’appelant « Seigneur » : il l’a reconnu.

À tel point qu’il peut maintenant être intégré dans la descendance d’Abraham.

D’ailleurs figurez-vous que le nom « Zachée » vient probablement en hébreu d’une racine qui veut dire « être pur », « être irréprochable » !

Dans ce récit, Jésus ne demande pas à Zachée de tout quitter ni de le suivre, comme il l’a fait à d’autres endroits de l’évangile. 

C’est Jésus qui va suivre Zachée et non l’inverse. 

Et le changement qui s’opère en Zachée est un changement en profondeur même si en surface les choses ne changent pas, Z achée reste collecteur de taxes. 

Mais sa rencontre avec Jésus va lui permettre de donner du sens à ce qu’il fait, de s’ouvrir aux autres, de partager, de pratiquer la justice. 

Ce récit nous rappelle la possibilité toujours ouverte, même pour le riche et l’homme de pouvoir, de partager et d’ouvrir les portes que l’argent et le pouvoir tiennent refermées sur lui-même. 

Sacha Guitry, l’homme de théâtre, l’a résumé dans une jolie phrase : « L’argent n’a de valeur que quand il sort de votre poche, il n’en a pas quand il y rentre. »

L’argent et le pouvoir peuvent être pour nous des idoles qui s’interposent entre Dieu et nous. 

En venant à notre rencontre, en levant les yeux vers nous, aussi haut que nous soyons dans les sommets chimériques où nous essayons sans fin de nous hisser, Jésus nous dit qu’il est là pour nous, pour nous affranchir de cette servitude. 

Parce que donner et partager nous libèrent du désir d’avoir toujours plus d’argent ou de pouvoir.

La course à l’argent et au pouvoir nous confisque notre identité au profit de celle de riche et de chef ; donner et partager nous rendent finalement à nous nous-mêmes en faisant le détour par l’autre. 

Comme le dit Luc à la fin de notre histoire : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

« Le fils de l’homme » est une expression pour parler de Jésus, qui est presque toujours employée par Jésus pour parler de lui-même.

Jésus est venu pour nous chercher et pour nous sauver tous, aujourd’hui. 

Surtout les moins respectables et les moins vertueux d’entre nous. 

Si, comme Zachée, nous reconnaissons en lui le Seigneur, que nous ne croyons pas nous en sortir seuls, mais que nous acceptons cet accueil réciproque de Jésus qui vient nous accueillir dans notre propre maison, dans notre propre vie, alors nous aussi nous saurons que nous sommes sauvés. 

Sauvés de ce qu’il y a en nous de petit, de faible, de pauvre, de méprisable, de ces signes de notre repli sur nous-mêmes.

Et aujourd’hui peut commencer une vie d’ouverture, de partage et de justice avec les autres puisque Jésus est venu nous chercher pour nous sauver aujourd’hui.

Amen

Plaisance, dimanche 27 octobre 2019, culte de la Réformation — Pasteure Marie-Pierre Cournot

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