Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde

Matthieu 28.16-20

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Début de la prédication : 6 minutes et 50 secondes

Je vous rappelle les épisodes qui précèdent dans l’évangile de Matthieu pour que vous puissiez mieux imaginer cette scène dans son contexte.

Jésus a été crucifié, il est mort, il a été mis dans son tombeau scellé par une pierre. Puis les femmes en venant au tombeau voir le corps ont été témoin de l’arrivée d’un ange accompagné par un grand tremblement de terre. 

L’ange leur montre le tombeau vide et leur dit que Jésus est parti en Galilée. 

Sur le chemin du retour vers la maison, elles rencontrent Jésus qui leur demande de dire aux disciples qu’il les attend en Galilée. 

Les onze disciples partent donc en Galilée et rencontrent Jésus sur une montagne. 

Dans l’Ancien Testament, la montagne est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. 

De cette unique et extraordinaire rencontre entre les disciples et le Christ ressuscité, Matthieu ne nous dit que quatre versets, ceux que nous venons de lire et qui clôturent son évangile. 

Ils sont comme le testament de Matthieu et celui du Christ : 

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » 

Quand les disciples voient Jésus, ils le reconnaissent tout de suite puisqu’ils se prosternent à ses pieds. 

« Mais quelques-uns eurent des doutes ».

C’est énorme que la dernière mention des disciples par Matthieu, au moment où le Christ va dire au revoir et à jamais, soit pour parler de leur doute. 

Peut-être que le doute est finalement ce qui reste de l’être humain aux moments les plus cruciaux. 

Peut-être que le doute est le propre de l’homme, de l’être humain. 

Il ne s’agit pas d’une hésitation, est-ce que j’y vais pas ou j’y vais pas, est-ce que je veux ça ou ça, mais d’un doute c’est-à-dire d’un surgissement inattendu dans la linéarité et la fermeté de la chaîne de certitude qui constitue ce que l’on croit. 

Le doute n’est pas présenté négativement par l’évangéliste, ce n’est ni une faute, ni une honte, ni même une faiblesse qu’il faudrait combattre. 

Au contraire, devant ce doute, Jésus se rapproche d’eux et les envoie en mission.

Et pas n’importe quelle mission, il fait de ces disciples douteurs ses envoyés, comme il était lui-même l’envoyé de Dieu sur terre. 

Il leur donne le pouvoir de parler en son nom, au nom de Dieu et du Saint-Esprit. 

Pourquoi Jésus n’envoie-t-il pas plutôt des personnes qui n’ont aucun doutes ?

Il y en avait déjà sûrement à l’époque, comme il y en a de nos jours, des personnes qui ne doutent jamais de rien !

Et en tout cas des personnes dont la foi n’admet jamais le moindre doute sinon ce ne serait plus de la foi, il y en a, il y en avait. 

Et même, parmi les onze disciples, certains ne doutaient pas puisque Matthieu nous dit « quelques-uns eurent des doutes ». 

Pourquoi ne pas envoyer seulement ceux qui ne doutaient pas ? 

Est-ce qu’ils n’auraient pas été de bien meilleurs ambassadeurs du Christ, de Dieu et du Saint-Esprit ? Plus efficaces et plus fidèles ?

Mais le Christ a préféré se rapprocher de ceux qui doutent, les douteurs, et les envoyer pour le représenter. 

Le monde n’est pas coupé en deux, d’un côté les croyants et de l’autre les non croyants. 

Il n’y a pas de séparation étanche entre les deux. 

Si la foi nous permet de faire un choix décisif et radical pour décider de suivre le Christ, ce choix ne supprime pas la possibilité du doute. 

Le doute c’est une pensée personnelle qui vient soudain interroger nos certitudes et nos convictions. 

Plutôt que de les avaler et de les ressortir toutes faites, le doute nous donne la possibilité d’aller à la rencontre des moindres recoins de notre foi pour découvrir ce que l’on croit.  

Les détracteurs du doute disent parfois que douter c’est laisser notre raison s’immiscer dans la foi alors que la foi nous est donnée par Dieu et que nous n’y pouvons rien par nous-mêmes. 

Je ne crois pas que le doute relève de la raison, en effet rien ne peut rendre raisonnable la présence du Christ mort sur cette montagne en Galilée. 

Le doute, c’est plutôt de se poser, prendre son temps, pour découvrir et comprendre les conséquences sur nous de tout ce que l’on croit. 

Comment ce que je crois me transforme, et d’abord est-ce que cela me transforme ? 

Je crois que c’est cela le doute. 

Il est une dimension incontournable de la foi.

Il ne rend pas la foi plus fragile, il la rend au contraire beaucoup plus solide.

Il est même ce qui nous rapproche de Jésus. 

Revenons au texte. 

Quelle est cette mission à laquelle Jésus envoie tous les disciples, les douteurs et les autres ? 

L’ordre de mission c’est d’aller vers les gens de toutes les nations pour en faire des disciples. 

« Les nations » dans le langage de l’époque ce sont les populations non juives de l’empire romain, ceux que l’histoire appelle les païens.

Beaucoup d’encre a coulé pour avoir si « les nations » ne sont que les peuples païens ou si elles englobent en plus le peuple d’Israël.

Je n’en sais rien, mais ce qui compte c’est que la dernière parole de Jésus c’est d’appeler ses disciples à aller vers les autres, les étrangers, ceux qui sont différents !

Il aurait pu leur laisser comme dernière recommandation de fortifier leur foi et de conserver tout ce qu’il leur avait enseigné pour le sauvegarder. 

Mais non, il leur demande de ne rien maintenir en l’état et de distribuer cet enseignement aux personnes les moins aptes a priori à le recevoir et à le croire. 

Le sens du verbe « garder » dans notre texte, « enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé », ce n’est pas « garder pour soi », « garder secret », mais comme à d’autres endroits dans l’évangile de Matthieu, « observer », « mettre en pratique ». 

Donc le salut réservé à Israël, au peuple élu, s’étend ainsi à l’humanité entière. 

Ce tournant catégorique que le Christ donne à son évangile en l’ouvrant à l’ensemble du monde et en appelant ses disciples à se consacrer à l’extérieur de leur communauté, nous en sommes les héritiers.

N’oublions pas cet appel du Christ à sortir de nos communautés, de nos églises, et à nous adresser à ceux que nous ne connaissons pas et qui sont différents de nous. 

Si notre église ne s’adresse qu’à ses membres, elle va mourir avec eux. 

Nous n’avons pas à transmettre ce que nous avons-nous-mêmes créé, ni ce qui nous appartient, ni ce que nous aimons, mais ce que nous avons reçu de Dieu. 

Ce don s’incarne dans la personne du Christ, qui nous le rappelle dans ces derniers mots : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». 

Le christ nous inscrit nous aussi dans cette longue – et jusqu’à ce jour infinie – succession de douteurs auprès desquels il manifeste son soutien et sa présence quotidienne.

Faut-il penser que le Christ se tient auprès de ces disciples et uniquement auprès d’eux ? 

Alors qu’il invite à témoigner de son évangile auprès de toutes les nations ? 

Cela n’aurait pas de sens. 

Ce que je veux dire, c’est qu’en sortant de nos Églises nous allons peut-être faire rencontrer le Christ à d’autres, mais nous allons surtout nous-même au-devant de Lui, nous allons le découvrir dans des figures inconnues, incroyantes ou douteuses ! 

Je vous laisse aux prises avec les double sens de douteuses, féminin de douteux ou de ce nouvel adjectif que Matthieu m’a inspiré, douteur. 

Il y a vingt siècles, Jésus a dit « Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde ». 

Pas « je serai avec vous bientôt », ou « je serai avec vous si vous faites si ou ça », non « je suis avec vous ». 

Il s’adresse à tous, au plus vieux paroissien, à Agnès une des plus jeunes, au croyant le plus ferme et à l’éternel douteur. 

« Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Amen

Plaisance, dimanche 1er décembre, 1er dimanche de l’Avent — Pasteure Marie-Pierre Cournot


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