De qui suis-je le descendant (suite) ?

Mercredi 25 décembre 2019 – Plaisance – Matthieu 1,1-16
Marie-Pierre Cournot

En ce jour où nous fêtons la naissance de Jésus, il est habituel de se remémorer les conditions de sa naissance pour répondre à la question « comment notre sauveur est-il arrivé ? », par quel tour de passe-passe Dieu a-t-il réussi à nous envoyer Jésus ?
Aujourd’hui je vous propose de nous pencher sur une question qui me paraît au moins aussi importante, pourquoi Dieu choisit-il cet enfant-là pour être son intermédiaire auprès de nous ? Pourquoi Jésus ?
C’est important parce que l’objectif de Dieu en s’incarnant dans l’enfant Jésus, c’est d’être au plus près de nous, de nous rejoindre dans notre humanité.
En un mot, d’être comme nous.
Et la question « Pourquoi Jésus ? », nous mène à la question « Pourquoi nous ? ».
Dieu nous choisit-il ? Et si oui, comment ?

Nous avons vu dimanche dernier la double généalogie de Jésus.
D’abord comme il était important pour l’évangéliste Matthieu que Jésus soit issu d’une lignée d’êtres humains dont la référence est Abraham, le père du peuple hébreu.
À partir d’Abraham, Matthieu descend en ligne droite toutes les générations jusqu’à Joseph qui lui n’engendre personne.
Là l’arbre généalogique fait un pas de côté, le flambeau passe de Joseph à Marie puisque c’est d’elle que se poursuit l’engendrement avec cette voix passive que l’on appelle le passif divin « Jésus fut engendré » et qui est la trace discrète mais claire de l’intervention de Dieu.
Dans le couple Joseph-Marie se trouvent juxtaposées les deux ascendances de Jésus, l’une humaine, l’autre divine.
Comme pour nous.
Notre généalogie fait parfois des pas de côtés, on ne sait pas toujours très bien d’où l’on vient, où sont nos références biologiques et symboliques, parfois très éloignées.
La filiation, ce n’est pas toujours très rectiligne.
Mais nous avons aussi deux ascendances dont une divine.

Dimanche dernier, nous nous étions arrêtés au moment de nous intéresser à la présence des femmes dans cette longue liste d’ancêtres de Jésus.
Il n’y en a que cinq, quatre en plus de Marie.
Tamar, Rahab, Ruth et Bethsabée, la femme d’Urie.
Ces quatre-là sont assez exceptionnelles dans leur genre !
D’abord ce sont des étrangères.
Tamar et Rahab sont cananéennes, Ruth est moabite et Bethsabée Hittite.
Mais comment, Jésus a dans ses ancêtres des étrangers non juifs !
Et bien oui.
Personne, même pas Jésus, ne vient d’une lignée pure et ne peut en revendiquer la supériorité.

Ensuite ces quatre femmes, voire ces cinq, car le cas de Marie ne fait pas tellement exception,
sont soit des prostituées, soit, selon les normes de l’époque, s’en rapprochent par leur comportement.
Tamar, la cananéenne, n’avait pas d’enfant de son mari décédé.
Selon la coutume du lévirat, elle épouse son beau-frère qui décède avant de lui donner un enfant.
Comme c’est une femme de devoir et que son devoir est d’assurer la descendance de son premier mari défunt, elle se déguise en prostituée pour séduire son beau-père.
Aussitôt dit, aussitôt fait, et l’opération est un grand succès puisque le dit beau-père (qui n’est autre que Juda le fils du patriarche Jacob petit fils d’Abraham), tombe – si je puis dire – dans le panneau … et la voilà enceinte !
Juda ne l’a pas reconnue car elle était voilée.
Quand il apprend que sa belle-fille s’est prostituée et qu’en plus elle est enceinte de ce coupable commerce – il la condamne à mort.
Heureusement in extremis, elle l’oblige à reconnaître que c’est lui le père de l’enfant et il lui sauve la vie.
Elle accouchera de jumeaux, Pharès et Zara.
Pharès poursuivra la lignée vers David puis vers Jésus.

Rahab était une prostituée cananéenne de Jéricho qui a caché chez elle, au péril de sa vie, deux espions hébreux pour qu’ils ne se fassent pas arrêter par les soldats cananéens.
Elle leur permet de fuir par un stratagème ingénieux qui leur permet de se glisser hors des remparts de la ville.
En échange, elle aura la vie sauve quand les Hébreux prendront la ville après avoir fait tomber les murailles à coups de trompette.

Ruth est une Moabite – du pays de Moab – qui organise un scénario scabreux, mais très dangereux pour elle, pour assurer une descendance à ses beaux-parents hébreux dont les deux fils sont morts sans laisser d’enfants.

Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite : son cas est plus subtil.
Le roi David tombe amoureux d’elle et quand elle est enceinte de lui, il fait assassiner son mari pour pouvoir l’épouser.
La responsabilité de Bethsabée dans cette affaire est en discussion et varie selon que l’on a à faire à des admirateurs du grand roi David ou pas.
Dieu en tout cas n’est pas content du comportement de David, et le premier enfant qu’il a avec Bethsabée mourra à la naissance en représailles.
Le deuxième enfant issu de cette union sera le roi Salomon, celui qui construira le temple de Jérusalem.

Matthieu aurait pu choisir d’autres femmes, qui sentent moins le soufre, comme Sarah la femme d’Abraham, une des matriarches renommée, fondatrice de la dynastie des Hébreux.
Mais non, de Sarah pas un mot.
Matthieu aurait pu aussi, dans cette généalogie, passer sous silence certains personnages masculins dont le portrait qui nous est rapporté ailleurs dans la Bible est très négatif
Ce qu’il a choisi c’est de montrer que la généalogie de Jésus s’inscrit dans l’humanité la plus triviale.
Dans l’humanité universelle d’abord, avec la présence de ces étrangères comme ancêtres de Jésus.
Dans l’humanité, bonne ou mauvaise.
Mais aussi dans une humanité qui a rendu possible cette naissance.
Tamar, Rahab et Ruth, et peut-être Bethsabée, se sont battues, jusqu’à mettre leur vie en jeu, pour que la vie puisse continuer.
Pour Tamar, Ruth et Bethsabée, pour que la filiation puisse se faire,
Pour que le témoin puise passer, pour Rahab.
Ces femmes arrivent dans le récit à un moment où l’histoire semblait se cogner à un mur, et c’est grâce à leur inventivité, voire leur transgression, qu’une brèche se fait dans ce cul-de-sac et que l’histoire et la vie peuvent jaillir à nouveau et aller de l’avant.
Sous la forme d’un enfant pour Tamar, Ruth et Bethsabée.
Et pour Marie.
D’ailleurs, Pharès un des deux jumeaux de Tamar, celui par qui passe la généalogie de Jésus, porte un nom, Pharès, qui veut dire « brèche » en hébreu.
La transgression c’est aussi celle que Jésus fait dans notre vie quand il nous dit que Dieu nous aime malgré tout, malgré nous, malgré ce que nous sommes.
Son amour ne s’arrête pas aux limites fixées par les lois des hommes, ni par leur morale, il est bien plus grand.
Et comme signe de cet amour absolu il va donner sa vie pour nous.
La brèche c’est aussi celle qu’il ouvre dans les murs dans lesquels nous butons.
Pour nous dire qu’il y a un avenir même quand tout semble s’arrêter.
C’est cela Noël.
Amen

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