Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le diable

Dimanche 1er mars 2020 – Plaisance – Prédication – Job 1,6-12 et Matthieu 4,1-11
Marie-Pierre Cournot

Chers amis,
Pouvez-vous me dire qui est le diable, d’où il vient et à quoi il sert ?
Est-il une sorte de divinité négative et méchante, qui existe de tout temps comme Dieu existe, qui lutte perpétuellement avec Dieu, pour se partager le monde dans un petit jeu de « c’est moi le plus fort » ?
Est-ce une entité créée par Dieu pour nous mettre à l’épreuve comme il le fait pour Jésus dans le désert ?
Est-ce une partie de nous, une partie sombre de notre être, qui se cache au fond de nous et met des embuches sur notre chemin vers Dieu ?
Est-ce que c’est juste une façon de parler des aléas de la vie, dus à la nature, au hasard ou à la méchanceté des êtres humains ?
Comme toujours dans la Bible, il n’y a pas qu’une seule réponse, même si il y en a une qui me parait juste que les autres.

Dans le passage de Luc, il y a quatre fois le mot « diable », « διαβολος » en grec, c’est-à-dire étymologiquement « celui qui désunit, qui sépare ». Intéressant ! Nous y reviendrons.
Il y a aussi une fois le mot « tentateur » à rapprocher de l’expression du début du texte « pour être mis à l’épreuve », c’est la même racine en grec, πειραζω.
Racine qui se retrouve aussi dans le Notre Père dans la phrase « ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Le diable est ainsi présenté ici comme celui qui met à l’épreuve, c’est cela qu’il faut entendre dans le terme tentateur du texte de Luc ou tentation du Notre Père.

C’est d’ailleurs aussi comme cela que le livre de Job nous le présente.
Le livre de Job nous parle de l’Adversaire.
En hébreu, c’est le mot שׂטן « satan », qui veut dire « adversaire », « ennemi » et qui ‘est transmis en grec et en latin pour donner « satan » en français.
Dans le livre de Job il n’est pas clair si cet adversaire, ce satan, fait partie des enfants de Dieu c’est-à-dire de la cour céleste, ou s’il est une autre divinité qui s’est invitée au milieu de la réunion.
Toujours est-il que Dieu lui propose un marché.
Dieu propose à l’adversaire de détruire tout ce que Job possède, sa famille comme ses biens, pour voir si devant tant de malheurs il croira toujours en Dieu.
Il s’agit clairement de mettre Job à l’épreuve.

Reprenons le 1er verset de l’évangile que nous avons lu : « Alors Jésus fut emmené par l’Esprit au désert, pour être mis à l’épreuve par le diable. »
Vous aurez remarqué que c’est l’Esprit Saint qui entraîne Jésus dans ce guet-apens, pas le diable.
Ce n’est pas très étonnant.
Si Dieu est venu s’incarner en Jésus, c’est pour descendre au plus bas de la souffrance humaine et de l’humiliation pour pouvoir rejoindre chacun d’entre nous dans nos détresses, nos douleurs, nos échecs et notre grande vulnérabilité.
Alors rien d’étonnant à ce que Dieu ait mis Jésus en situation d’épreuves, car nous aussi nous en traversons des épreuves. N’est-ce-pas ?

Et c’est dans le désert que Dieu emmène Jésus pour lui faire rencontrer le diable.
Quand il est dans le désert, Jésus commence par jeûner 40 jours.
C’est par analogie avec ces 40 jours de jeûne de Jésus dans le désert que l’Église a mis en place progressivement dans les premiers siècles de son histoire, le carême de 40 jours.
D’ailleurs le mot « carême » est une déformation d’un mot latin qui veut dire « quarante ».
Cette année, le carême a commencé mercredi dernier, le mercredi des cendres, le lendemain de mardi gras.
Jésus donc jeûne pendant 40 jours. Mais il ne s’agit pas pour Jésus de se priver.
Il s’agit de se rendre disponible à la rencontre qu’il va faire dans le désert.
Dans tout l’ancien testament, le désert est à la fois un endroit non civilisé et dangereux, mais aussi l’endroit de prédilection pour les rencontre avec Dieu.
C’est très souvent dans le désert que Dieu parle aux humains, c’est là qui leur fait entendre sa Parole.
Il n’y a qu’à se rappeler la très longue conversation de Dieu et de Moïse dans le désert.
D’ailleurs le mot hébreu qui veut dire désert est construit sur la racine « parole » et ce n’est sûrement par hasard.
C’est dans le désert, lieu du vide, que la Parole de Dieu peut nous atteindre.
Il s’agit, pour nous aussi, de faire un peu d’espace en soi.
Il s’agit de repousser ce qui nous envahit habituellement, prend toute la place et nous rend indisponible pour le rendez-vous avec Dieu.

Alors refuser la nourriture qui vient nous gaver en plus de nos besoins physiologiques, oui pourquoi pas !
Mais il y a toute sorte d’autres moyens de tenir à distance ce qui nous occupe tellement qu’il n’y a plus le moindre petit espace dans notre vie pour Dieu.
Faire un peu de silence, laisser la place à la lenteur, voire à l’inutile.
Et pour vous, c’est quoi ? Prenez quelques instants pour y réfléchir.

Et oui, contrairement à une tradition qui fut parfois bien établie dans certains milieux protestants, il ne faut pas toujours être occupé.
Il faut, à l’instar de Jésus dans le désert, savoir faire le vide en soi pour avoir faim.
Parce que « avoir faim », c’est désirer.
C’est être en position d’attendre quelque chose du monde, d’autrui, de Dieu.
Ne plus se suffire à soi-même.
Ne pas se laisser dépasser par cette volonté, profondément ancrée dans notre personne, la volonté de réussir, de trouver des solutions.
Mais qui peut parfois nous laisser penser que nous ne serions rien si nous n’étions pas autonomes et tout puissants.

Dans le désert, Jésus va rencontrer le diable.
Celui qui nous sépare de Dieu.
Qui se glisse entre Dieu et nous pour nous éloigner de lui.
Jésus et le diable vont se lancer dans une sorte de controverse à coups de versets bibliques sortis de Ancien Testament.
Le diable réserve trois épreuves à Jésus.
La première, c’est de transformer des pierres en pain pour se nourrir.
C’est-à-dire la capacité de se nourrir lui-même en transformant « par miracle » les pierres en pain.
De rassasier lui-même ses envies et ses désirs.
Et la réponse de Jésus ne se fait pas attendre. Il cite les écritures, en disant « Il est écrit » : « L’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Jésus refuse la solution miraculeuse proposée par le diable et préfère s’en remettre à la parole de Dieu.
Pour qu’elle nous nourrisse il faut avoir faim, c’est-à-dire ressentir un certain manque.
Si nous sommes déjà parfaitement comblés, aucune chance que la Parole de Dieu ne nous atteigne.

La deuxième épreuve, c’est de se jeter du haut du Temple puisque Dieu enverra ses anges pour freiner la chute.
Jésus refuse encore la solution miraculeuse par ces mots : « Tu ne provoqueras pas le Seigneur ton Dieu ».
Demander un miracle c’est provoquer Dieu.
Ce passage est décidément un plaidoyer contre les miracles, puisque c’est le diable qui propose d’y recourir et Jésus qui refuse deux fois de suite au nom de Dieu.

La troisième épreuve, c’est de se prosterner devant le diable en échange de tous les royaumes du monde et de leur gloire.
Jésus ne veut pas de ce pouvoir au prix de son âme, et refus encore une fois le marché.

Qui est le diable ?
Celui qui nous propose des miracles pour résoudre nos problèmes.
Celui qui nous propose de ne plus jamais avoir faim, d’être définitivement comblé et donc de ne plus être en recherche.

Et si le diable était une façon de parler des épreuves de la vie qui nous arrivent ?
De celles où nous avons le choix de nous tourner vers Dieu ou de nous séparer de lui pour ne trouver la solution qu’en nous.
De celles où nous préférons une solution miraculeuse rapide plutôt qu’une quête approfondie de la Parole de Dieu.
De ces situations où nous sommes prêts à tout pour obtenir du pouvoir ?

Parce que oui, il y a des situations dans la vie, où nous avons l’impression de n’avoir devant nous que des pierres pour nous rassasier.
L’avenir semble tellement bouché que plus aucun désir ne vient nous animer.

D’autre fois nous avons l’impression d’être au-dessus d’un grand vide où nous allons nous précipiter ou être précipité.
Et des fois encore où nous donnerions beaucoup pour avoir un peu plus de pouvoir sur les gens ou sur les choses de la vie.
Qui n’a pas rêvé d’avoir le pouvoir d’éradiquer la violence du monde, la faim ou même d’influencer la vie politique de notre pays ou des voisins ?
Que fais Jésus dans ces situations ?
Il se tourne vers Dieu.
Non pour résoudre directement et pratiquement la situation.
Il ne demande pas à Dieu de transformer les pierres en pain, ni de le rattraper au vol quand il sautera du haut du Temple.
C’est justement cela que le diable attend de lui et que Jésus se refuse à faire.
Jésus se refuse à convoquer la puissance de Dieu pour résoudre directement ses problèmes personnels.
Non, Jésus se tourne vers les Écritures.
Et il ne cherche pas une réponse pratique à ses difficultés, mais une inspiration pour gérer la situation.
Il ne s’agit pas de croire que Dieu va résoudre nos problèmes.
Dieu ne va pas convoquer les anges pour nous sortir d’un mauvais pétrin.
Dieu est une ressource qui est constamment près de nous.
Dans le bonheur comme dans les épreuves.
Le diable est là, à l’œuvre, quand nous laissons ces épreuves, ou ces bonheurs d’ailleurs, nous séparer de Dieu.

Le carême est là pour nous le rappeler.

  • Nous ne sommes rien sans Dieu,
  • Sa parole nous inspire et nous donne la force pour avancer dans la vie, dans les épreuves mais aussi dans les joies et les succès,
  • Encore faut-il avoir le temps de l’entendre et la place pour l’accueillir,
  • Si nous l’entendons et l’accueillons, cette parole d’espérances nous conduira vers le matin de Pâques.

Amen

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