L’histoire de Dieu s’écrit à travers nous

Culte du 21 juin 2020

Prédication sur Luc 2,13-67 par la pasteure Marie-Pierre Cournot

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Prédication 1 : Luc 1,13-20

Que dire, que faire, de ce futur père qui devient muet à l’annonce de la future naissance de son enfant ?

Présentons rapidement les personnages de ce récit.

Zacharie est prêtre au Temple de Jérusalem.

Elisabeth, sa femme, est une descendante d’Aaron le frère de Moïse.

Aaron était le porte-parole de Moïse, porte-parole au sens propre.

En effet, lorsque Dieu choisit Moïse pour aller trouver le pharaon et lui intimer l’ordre de laisser partir le peuple hébreu, Moïse rétorque à Dieu qu’il ne peut pas remplir cette mission car il ne sait pas parler correctement.

Qu’à cela ne tienne, lui répond Dieu, je t’adjoins ton frère, Aaron, qui parlera à ta place. Nous y reviendrons.

Elisabeth a toujours été stérile, ils n’ont donc aucun enfant.

De plus, Zacharie et Elisabeth sont maintenant tous les deux très âgés.

La future naissance dont il est question ici est donc une naissance miraculeuse, une naissance qui doit tout à intervention de Dieu.

« Sois sans crainte Zacharie car ta prière a été exaucée. »

Il est peu vraisemblable que Zacharie espérait encore un enfant, lui qui savait très bien que son couple était stérile et qu’ils avaient en plus atteint la limite d’âge.

Il est plus logique de penser que sa prière de prêtre demandait à Dieu un Messie pour sauver tout le peuple hébreu.

Et d’une certaine façon, elle sera exaucée. En deux temps, d’abord avec la naissance de Jean puis avec celle de Jésus. Mais cela il ne le sait pas.

Lui le prêtre du Temple de Jérusalem il demande quelque chose de bien plus universel qu’un enfant.

Il est tellement surpris, déçu peut-être, par l’annonce de cette grossesse, qu’il ne peut y croire.

Il est resté sur ses vieux préjugés, sa femme est stérile et vieille, lui aussi il est vieux.

Rein de nouveau ne peut naître de cela.

Et parce qu’il n’a pas cru à l’annonce de la bonne nouvelle, il sera muet.

Et voilà le troisième personnage de notre récit, le futur enfant, dont le prénom Jean est décidé par l’ange.

Ce Jean, c’est celui qu’on appelle communément Jean-Baptiste, mais qui s’appelle donc en réalité Jean.

Deux évangiles, ceux de Matthieu et de Marc l’appellent « Jean le Baptiste » par référence au baptême qu’il propose et qui constitue le centre de sa prédication.

Entre le passage que nous venons de lire et celui que nous allons lire maintenant, se trouve l’annonce de la naissance de Jésus, récit qui comporte beaucoup de similitudes avec l’annonce de la naissance de Jean.

Lisons la suite de l’histoire de Jean.

Prédication 2 : Luc 1,57-67.

L’évangile de Luc est le seul évangile où la naissance et l’enfance des deux enfants, Jean et Jésus, sont autant mises en parallèle et même entremêlées dans la narration. Alors même qu’il semble bien, compte tenu des précisions chronologiques historiques dont Luc émaille son évangile, que les deux naissances aient eu lieu à plusieurs années d’intervalle.

Le parallèle ne s’arrête pas aux récits de la naissance et de l’enfance, puisque les deux hommes seront mis à mort par le pouvoir en place en raison de leur prédication à contre-courant des règles ou des coutumes de l’époque.

Jean, c’est le dernier prophète.

Il annonce, il met en relief, un événement phénoménal auquel il ne prendra pas part mais auquel il est indéfectiblement lié : l’avènement messianique.

Cet avènement messianique c’est la venue sur terre de Dieu en la personne de Jésus.

La mission de Jean, résumée par l’ange Gabriel c’est « former pour le Seigneur un peuple préparé ».

Un peuple préparé à quoi ? Gabriel restera muet.

C’est Jean lui-même qui plus tard dans l’évangile annoncera le Sauveur, Jésus, en soulignant tout ce qui les différencie, et en particulier en opposant le baptême d’eau proposé par Jean et le baptême par l’esprit saint offert par Jésus.

Le baptême d’eau proposé par Jean sera le terrain pour être prêt à accueillir la révélation que Dieu s’est fait homme en Jésus.

Jean sera l’empreinte discrète de l’arrivée de Jésus, celui qui est à l’origine mais dont il faut se séparer pour prendre toute sa dimension.

Comme ses ancêtres Moïse le taiseux et Aaron le causeur qui contemplent devant eux le pays promis par Dieu, celui à la frontière duquel ils ont conduit le peuple, mais où eux ne mettront jamais un pied puisqu’ils mourront avant.

Tous ceux qui sont partis d’Égypte mourront dans le désert avant d’arriver au pays promis. Seule la nouvelle génération qui n’a pas connu l’Égypte pourra entrer dans le pays tant désiré.

Dans l’évangile de Luc que nous lisons ce matin, ce n’est même pas Jean qui baptise Jésus, il est déjà en prison pour avoir dénoncer les écarts de conduite du roi Hérode.

C’est en creux que l’histoire de Jean nous dessine celle de Jésus.

Il est le dernier le témoin d’un monde ancien que l’arrivée de Jésus va rendre révolu.

Il est celui dont la prédication reste arrimée au bord du précipice, l’élan pour être délivré de ces entraves et se jeter dans l’inconnu viendra d’un autre, de Jésus.

C’est un peu comme la figure de Zacharie, dont le nom même veut dire « Dieu s’est souvenu ».

Il est la mémoire de l’histoire, le prêtre qui garantit les bonnes pratiques cultuelles et le respect des commandements.

Déjà son homonyme de prophète, le Zacharie de l’Ancien Testament, annonçait la révélation messianique, selon diverses représentations dont aucune finalement ne ressemble tout à fait à ce que sera Jésus.

Zacharie, le nôtre, sera le témoin muet de l’histoire de l’irruption de Dieu dans nos vies.

Et semble-t-il il sera sourd aussi puisque les voisins et amis lui font des signes pour lui demander le nom de l’enfant.

Pour lui, cette irruption, c’est l’ange qui vient lui annoncer que sa prière va être exaucée et c’est la naissance de l’enfant.

Il sera muet tant qu’il ne reconnaîtra pas l’origine divine et miraculeuse de cet enfant, origine attestée par son nom, Jean.

Un nom qui vient de nulle part semble-t-il, les parents et voisins disent : « Il n’y a personne dans ta parenté qui porte ce nom. »

Un nom qui sera proposé par la mère et confirmé par le père, à l’encontre de la coutume de donner à l’enfant le nom d’un ascendant.

Pour ceux à qui la conception miraculeuse de l’enfant n’aurait pas suffi comme signe, ce nom, Jean, venu d’ailleurs et qui veut dire « Dieu fait grâce », vient affirmer définitivement l’avènement à venir du Messie.

Zacharie, Moïse, Jean : c’est la base sur laquelle la nouveauté va prendre racine.

Trois personnages qui participent de façon importante à l’histoire mais ne peuvent pas parler – c’est Moïse et Zacharie – ou dont la parole ne sera pas décisive, ne sera pas celle qui change tout et fait tout advenir – c’est Jean.

On le voit, la Bible est pleine de ces témoins silencieux, discrets ou impuissants mais pas inutiles.

Nous sommes tous des Moïse, des Zacharie, des Jean.

Nous avons une place dans le peuple de Dieu, Dieu nous connait par notre nom.

L’histoire de Dieu s’écrit à travers nous, mais nous dépasse.

Nous sommes des témoins-acteurs, à la fois muets, certainement sourds et impuissants mais indispensables.

S’il y a quelque chose de grandiose dans l’histoire de Jean, c’est son effacement.

Comme celui de Moïse au moment d’entrer dans le pays, comme celui de Zacharie retiré dans le mutisme pendant cette grossesse miraculeuse, comme Jean dont la vie, de la naissance à la mort prépare celle de Jésus tout en restant dans l’ombre du projet divin.

L’effacement pour nous est peut-être nécessaire aussi.

C’est un effacement devant une Parole assourdissante, une nouveauté miraculeuse et bouleversante, devant un projet plus grand que nous.

Mais jamais il ne signifie ni oubli ni négation.

Il nous permet de nous inscrire dans la longue et infinie histoire que la Bible nous raconte, celles de ces êtres humains qui croient que Dieu est un Dieu de grâce, un Dieu qui met sa confiance en nous.

Dans cet effacement, ce renoncement, on ne peut pas être efficace, pas arriver au but que l’on s’est fixé.

Car à trop vouloir croire, bien croire, ou évangéliser, bien et beaucoup évangéliser, on rate notre coche.

Cela commence avec la prière de Zacharie exaucée à contre-courant.

Il y a du contre-temps dans cet effacement.

Nous jouons une partition dont on ne peut suivre le tempo qu’en y renonçant.

La réponse n’est jamais là où on l’attend, jamais sous la forme où on l’attend, jamais quand on l’attend.

Ouvrons-nous à la miraculeuse et inattendue nouveauté que l’avènement de Jésus nous fait espérer, pour ne pas risquer, comme Zacharie, de rester muets.

Amen

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