Avec Jésus, c’est la Parole qui féconde

Prédication du 28 juin 2020 sur 2 Rois 4,8-17 par la pasteure Marie-Pierre Cournot

Prédication en pdf : ici

Encore une histoire de femme stérile et d’enfant ! Une de plus !
C’est vrai qu’il y en a un certain nombre dans l’Ancien Testament.

La plus connue c’est peut-être Sarah la femme d’Abraham qui est stérile et très âgée jusqu’à ce que Dieu vienne lui rendre visite sous la forme de deux messagers, lui promette et lui donne un fils Isaac.

Rebecca, la femme d’Isaac sera stérile aussi. Mais Dieu exauce la prière d’Isaac et lui donne deux jumeaux, Ésaü et Jacob.

Jacob aura des enfants de quatre femmes, mais sa préférée, la femme de sa vie dirait-on aujourd’hui, Rachel, est stérile. Dieu intervient et lui donne deux fils.

Voilà une dynastie de matriarches stériles à qui Dieu a donné une descendance !
Mais il y a beaucoup d’autres femmes stériles dans l’Ancien Testament, dont la Shounamite de notre histoire.

Cette femme, qui n’a pas de nom, sera « la Shounamite » car elle habite Shounem, une ville située dans le royaume du nord, à une dizaine de km de Nazareth.

C’est une femme de la haute société, suffisamment riche pour agrandir sa maison, et qui nous est décrite avec une forte personnalité. Son mari est dans son ombre et n’a pas droit, dans le récit, à la parole. Elle vit certainement très imprégnée de sa foi en dieu car elle repère tout de suite qu’Élisée est un prophète, « un homme de Dieu » comme elle dit.
Elle le reçoit régulièrement chez elle pour lui être agréable et lui rendre service, et va jusqu’à lui faire construire une pièce où il pourra loger quand il viendra à Shounem. Elle n’a pas besoin de l’offre de recommandation d’Élisée auprès du roi ou du chef de l’armée, elle répond « J’habite au milieu de mon peuple » c’est à dire, tout va bien pour moi, je mène une vie qui me convient …

Il y a une autre Shounamite dans l’Ancien Testament, dont vous avez peut-être entendu parler, une vierge que l’on présente au roi David, vieillard frileux, pour le réchauffer. Elle passera la nuit avec lui, en tout bien tout honneur nous précise le texte, seulement pour que, pas sa présence, la vigueur de sa jeunesse réchauffe le vieux roi qui a tout le temps froid (1 Roi 1,1-4)

Il est intéressant de noter que dans le nouveau Testament il y a aussi une histoire de femme stérile que Dieu va combler d’un enfant. Mais il n’y en a qu’une, et c’est Elisabeth, la mère de Jean le baptiste dont nous avons parlé dimanche dernier.
L’histoire d’Elisabeth et de sa stérilité, dans les deux évangiles qui la rapportent, apparait tout au début de l’évangile, comme un passage de relais entre l’Ancien et le nouveau Testament.
Jean le Baptiste quand il sera né et devenu adulte va annoncer l’arrivée du messie envoyé de Dieu, Jésus, et avec l’avènement de ce messie, on n’a plus besoin de la figure de la femme stérile que Dieu exauce en lui donnant un enfant.

Alors qu’est ce qu’elle nous dit cette figure de femme stérile qui néanmoins devient mère et donne la vie ?

On peut la prendre au sens propre et y voir la douleur d’une femme, d’un couple qui ne peut engendrer.
Surtout dans la culture de l’Ancien Testament, qui n’a pas de sécurité sociale, d’indemnité chômage ni d’assurance retraite. Il est donc crucial en cas de coup dur de pouvoir compter sur des proches, en particulier sur des enfants.
C’est aussi une culture où la force et la grandeur d’un peuple, d’une tribu, se mesurent au nombre de ses individus.
Au tout début du livre de la Genèse, Dieu ordonne à Adam et Eve d’être féconds et de se multiplier. Mais quelques chapitre plus loin, toujours dans la Genèse, quand Dieu conclut son alliance avec Abraham, il lui promet une descendance plus nombreuse que les étoiles dans le ciel. Ce commandement que Dieu ordonnait à ses créatures, c’est en fait lui qui va le remplir.
Comme avec toutes ces femmes stériles à qui Dieu donne de donner la vie et de remplir ainsi le commandement qu’il avait lui-même donné.

Dans le déroulement d’un culte habituel, comme ce matin, pas comme les cultes en audio-visioconférence, il y a un moment où l’on écoute la volonté de Dieu, c’est-à-dire ses commandements.
On peut par exemple à ce moment-là réciter les dix commandements pour se souvenir de ce que Dieu nous ordonne de faire. Cela nous fait réaliser à quel point nous sommes pécheurs et suit alors la confession du péché, puis l’annonce du pardon de Dieu.
Mais on peut aussi comme c’est la coutume dans cette paroisse, commencer par la confession du péché suivie de l’annonce du pardon de Dieu.
Ce n’est qu’alors que vient la volonté de Dieu, introduire par la formule « libérés et pardonnés, écoutons ce que Dieu nous donne la force de faire ». Non seulement Dieu nous en donne la force, mais il nous en donne le moyen, voire il le fait pour nous.
Comme quand il permet à ces femmes de sortir de l’impasse de la stérilité ou de toute autre impasse où notre vie n’est plus féconde de rien, où elle se recroqueville sur du vide. Cette stérilité, telle une sentence de mort, Dieu nous en délivre.
Il nous permet de voir au-delà de ce couperet, puisque Dieu offre dans l’image de l’enfant, une possibilité de poursuivre la vie.

La création est toujours possible pour Dieu, même quand nous pensons que le chemin s’arrête sous nos pas, qu’il n’y a plus de futur envisageable.

Mais voilà qu’à un moment, Dieu donne son propre enfant pour annoncer et offrir la vie à tous. C’est Jésus.
C’est le prolongement de toutes ces grossesses miraculeuses de l’Ancien Testament, leur accomplissement en quelque sorte. Sauf que c’est maintenant pour tous que ce don, cette possibilité de donner la vie est offerte.
Jésus prend la suite de tous ces enfants nés de mères stériles et manifeste au monde que pour Dieu il y a toujours des engendrements possibles, que la vie est toujours à l’horizon, même dans les profondeurs le plus noires et les plus bouchées de nos vies humaines.
Même dans les moments où la routine tue en nous toutes capacités à engendrer du neuf, à rendre notre vie vivante.

Avec Jésus, Dieu inscrit nos vies dans la durée et dans le renouveau.

Mais nous n’avons pas encore dit un mot à propos du prophète Élisée.
Élisée est un prophète du royaume du Nord, actif dans la deuxième moitié du 9e siècle avant notre ère. Il est le successeur d’un autre grand prophète Élie.
Élisée est un des personnages principaux de notre récit dont la majeure partie est un dialogue entre Élisée et son serviteur Guéhazi. Même quand il veut parler à la Shounamite, Élisée s’adresse à Guéhazi qui fait l’intermédiaire. Ce n’est qu’à la toute fin du récit qu’Élisée s’adresse directement à la Shounamite pour lui dire « À cette époque-ci, l’année prochaine, tu auras un fils dans tes bras. »
Élisée a tout le temps besoin d’un intermédiaire, de quelqu’un qui lui décode la situation, incapable qu’il est de savoir tout seul quoi faire pour remercier cette femme. Même cet « homme de Dieu » ainsi que la Shounamite l’appelle deux fois ne peut appréhender la situation directement.
On aurait voulu, j’aurais voulu, qu’à travers son prophète, Dieu montre qu’il sait tout. Cela me rassurerait de savoir qu’au moins pour Dieu les choses sont faciles, simples, qu’elles coulent de source.
Mais il n’en est rien.
Rien ne se passe jamais comme on le souhaiterait.
Même pour Élisée, qui aurait voulu intervenir auprès des autorités pour certainement permettre à la Shounamite d’obtenir des passe-droits ou simplement de meilleurs conditions de vie.

Mais finalement, après un récit et un dialogue un peu tortueux, Dieu se manifestera, par l’intermédiaire d’Élisée, ce prophète qui n’avait pas eu l’air très au fait de la situation jusque-là.
Dieu se manifestera en faisant survenir l’improbable, l’enfant.

Dans le Nouveau Testament, après la naissance de Jésus, la nécessité de poursuivre la lignée n’est plus jamais au premier plan.
De nombreuses femmes viennent supplier Jésus de faire un miracle ou une guérison, aucune femme stérile ne lui demande un enfant, alors que les difficultés de procréation existent toujours, comme encore aujourd’hui.

Mais ce n’est plus cette image-là que véhicule le Nouveau Testament dont les personnages principaux sont célibataires et sans enfants, comme en tout cas Paul et vraisemblablement Jésus.

La vie que l’on reçoit comme un don de Dieu et que l’on transmet, ce n’est plus un enfant, mais une parole.
Une parole qui déplace, qui fait vivre.

Ce qui est au premier plan avec Jésus, c’est la nécessité de s’ouvrir sur son prochain, de partager avec lui la parole reçue, de la faire vivre pour lui.
Une parole qui remplit les vides et les stérilités qui nous habitent, pour nous dire que nous sommes des enfants qui avons été tout à la fois donnés et reçus par Dieu.

Une parole qui fait sauter les murs et les clôtures de nos impasses, et nous offre d’avoir confiance en un avenir où notre place est inscrite et où nous ne sommes pas seuls.

Une parole dont nous sommes les témoins, qui déborde au-delà de nous pour féconder d’autres vies.

C’est cela la parole de Dieu.

Amen

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