Les explorateurs persévérants de la Parole de Dieu

Prédication du 12 juillet 2020 sur Matthieu 13,1-23 par la pasteure Marie-Pierre Cournot

Prédication en pdf : ici

Matthieu 13,1-17 :

Voilà une petite histoire simple. Simple mais qui veut dire bien autre chose que ce qu’elle dit et qui est en fait plutôt compliquée à comprendre.

En choisissant la parabole comme une de ses principaux modes d’expression, Jésus renonce définitivement à nous transmettre un contenu auquel il faudrait croire. Ce n’est pas un cours que fait Jésus, il ne nous apprend ni dogme ni catéchisme à retenir par cœur. Il donne tout au plus quelques pistes et c’est à nous de faire le travail et cela va nous demander un investissement personnel.
Chacun entend la petite histoire simple et doit, avec ses propres ressources, ses propres références et ses expériences, lui donner un sens bien au-delà des mots dont elle est faite. C’est ce que veut dire l’expression : « Entende qui a des oreilles ! »
Il y a autant de paraboles que d’auditeurs.
Il en va ainsi de toute la théologie et on comprend alors l’intuition de Luther que notre relation à Dieu, au Royaume des cieux, ne peut être qu’intime et individuelle.
Une fois entendue, la parabole prend vie en nous, comme le grain semé.

Dans le monde des paraboles, il importe peu que les choses s’agencent logiquement, il importe peu que la plante de moutarde ne soit pas en réalité un arbre ou que le berger, contre tout bon sens, abandonne tout le troupeau pour une seule bête.
Ce n’est pas le monde du raisonnement ni du raisonnable. Plutôt de l’imagination, de l’invention, de la création.
La parabole interroge, interpelle, sa compréhension n’est pas immédiate, elle nécessite un travail, une remise en question de soi-même. C’est ainsi que se construit notre relation à Dieu, petit à petit, par l’exploration d’un monde étranger sur lequel Jésus nous guide sans rien imposer.

Parlons un peu du Royaume des cieux.
Il y a un lien très fort qui unit les paraboles au Royaume des cieux chez Matthieu. Les paraboles sont un moyen privilégié de parler du Royaume des cieux, même si finalement elles ne nous permettent pas d’en apprendre grand-chose.
Il y a d’autres paraboles chez Matthieu qui commencent explicitement par « le Royaume des cieux est comme … ». Ici ce n’est pas le cas.
Pourtant, quand les disciples demandent à Jésus pourquoi il s’adressent aux foules en parabole, Jésus répond qu’il s’agit de connaître « les mystères du Royaume des cieux ».
Ce Royaume de cieux, dont Matthieu parle abondamment dans son évangile, que l’on peut aussi traduire par « Règne des cieux », c’est le moment où le monde ne sera plus gouverné que par la Parole de Dieu ou de Jésus.
Il est difficile de comprendre à quoi cela ressemblera, et quand cela arrivera. Comme dit Jésus il y a du mystérieux là-dedans.
Dans le milieu littéraire juif contemporain de Jésus, « les mystères du royaume » est une expression courante qui fait allusion à la fin des temps dont la nature n’est révélée qu’à quelques initiés. Ici le grand mystère c’est que ce Royaume nécessite pour s’établir de nombreux échecs préalables : le semeur doit semer trois fois pour rien, pour qu’à la quatrième il puisse avoir une moisson.

D’ailleurs à l’écoute de cette parabole, qui ne se demande pas immédiatement auquel des quatre sols il correspond ?
Êtes-vous plutôt bord du chemin pillé par les oiseaux, pierres brûlées par le soleil, épines étouffantes ou bonne terre ? À vous de voir.

Matthieu 13,18-23 :

Jésus donne une explication de sa parabole. Mais il faut bien dire que peu de choses sont éclaircies ! On comprend tout de même que le grain semé signifie la Parole : « 20Celui qui a été ensemencé en des endroits pierreux, c’est celui qui, entendant la Parole, la reçoit aussitôt avec joie ».
Ou encore « 22Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole ».

Cette parole est plus exactement « la parole du Royaume » comme le dit Jésus en introduction de cette 2e partie : « 19Quand l’homme entend la parole du Royaume et ne comprend pas, c’est que le Malin vient et s’empare de ce qui a été semé dans son cœur ».
Cela n’a rien de surprenant puisque parole et parabole ont la même étymologie latine.
La parole du Royaume, celle qui annonce le Royaume de Dieu, c’est la parabole du Royaume, celle qui le fait advenir.

L’explication que donne Jésus, n’aide pas beaucoup à comprendre ce que sont les fruits qu’il faut produire. Ils sont clairement l’objectif à atteindre, mais que sont-ils ?
Certains comprennent qu’ils s’agit d’avoir un bon comportement, pieux et moral. Pourquoi pas …
Ou d’être pénétré de foi en Dieu et en Jésus. Certainement.
En lisant les deux derniers versets de ce passage, où jésus dit que la Parole est étouffée par les soucis du monde, puis que celui qui entend la Parole et la comprend produit du fruit, et même des dizaines de fruits, il me semble que ce fruit relève de la diffusion de la Parole, de l’envoi en mission.

La non production de fruits est à chaque fois due à une intervention extérieure. Dans la parabole elle-même c’était les oiseaux, le soleil et les épines.
Dans l’explication qu’en donne Jésus, c’est d’abord le Malin qui s’empare de la semence qui avait été correctement semée dans le cœur du destinataire.
Puis la détresse et la persécution qui viennent à bout de la parole dans le deuxième cas.
Et dans le 3e cas ce sont les préoccupations du monde et la séduction des richesses qui étouffent la Parole.

Alors à la lumière de ces explications, quel genre de sol sommes-nous ?

Un sol hermétique où rien ne pénètre ni ne germe, la Parole que Dieu nous adresse ne fait que ricocher et nous quitte aussitôt ?
Un sol pierreux où la Parole germe mais cela parait tellement plus simple, voire tellement plus raisonnable, de la laisser de côté et de vivre sans dans ce monde où nous nous sentons marginalisé en tant que croyant, que pfft, on la laisse filer, on l’abandonne ?
Un sol où la Parole se développe mais elle est vite étouffée par nos autres occupations qui occupent tout le terrain ? Plus de place pour la Parole de Dieu ?
Ou bien un sol qui lui permet de se développer et nous développe en retour ?

En tout cas, l’avènement du Royaume de Dieu sera mis en difficulté par des événements extérieurs et va devoir traverser et assumer de nombreux échecs. Cela commence pour Jésus avec la coalition des Pharisiens qui est en train de se mettre en place contre lui et qui le conduira sur la croix. Et justement pour ces pharisiens spécialiste de l’Ancien Testament, il est impossible de comprendre les échecs successifs de Jésus, c’est incompatible avec l’idée qu’ils ont du Messie fort et puissant que Dieu va leur envoyer.

Cette parabole nous dit tous les obstacles que nous rencontrons pour que la Parole de Dieu puisse faire son œuvre en nous.
Sommes-nous prêts à accepter l’échec et la nécessité de persévérer ?
Si même Dieu ou Jésus doit s’y prendre à quatre fois pour semer au bon endroit, cela dit beaucoup de notre difficulté à accueillir la Parole de Dieu, à en faire fructifier notre foi pour nous et pour qu’elle rayonne autour de nous !
Il lui faut du temps, si nous sommes des hommes ou des femmes d’un moment cela ne suffira pas.

Mais tout commence avec un don.
Un don qui va croître.
Si on lisait la suite de l’évangile de Matthieu on trouverait d’autres paraboles au contexte agricole : la parabole de la mauvaise herbe, encore appelée ivraie, celle de la graine de moutarde, celle de l’homme qui trouve un trésor dans son champs et d’autres encore.
Elle parlent toutes d’un don originel qui va ensuite croître jusqu’à l’abondance, voire la surabondance.
Ce don c’est la Parole, le grain, qui nous est offert par le semeur qui l’a placé dans notre cœur.

Arrêtons-nous un instant sur ce verset difficile :
« Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »
« À celui qui a », cela veut dire à celui qui a compris la Parole, qui l’a gardée et fait prospérer. Les répercussions de ce don initial de Dieu seront multiples, la Parole l’enrichira et il sera dans l’abondance.
« Celui qui n’a pas », c’est celui qui n’a pas fait fructifier la Parole donnée par Dieu. Elle ne lui sera d’aucun secours puisqu’il n’a pas su lui donner du sens, elle sera pour lui comme un mur sur lequel il butte indéfiniment et stérilement. Cette Parole ne vaudra rien pour lui, elle ne représentera aucune potentialité pour lui, il ne pourra rien en tirer : c’est ce que veut dire « même ce qu’il a lui sera retiré ».

Alors avez-vous tranché sur quel type de sol vous êtes ?
J’espère que non.
S’il n’y avait qu’une seule réponse, simple univoque et définitive, il n’y aurait pas besoin de parabole.
Si la réponse n’était pas à inventer, différente pour chacun d’entre nous, Jésus l’aurait donnée.
La parabole, la parole, n’affirme rien, n’enferme pas dans une vérité, au contraire libère et fait de nous des explorateurs persévérants de la Parole de Jésus et de Dieu.

Amen

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