L’histoire du temple, un autre regard

Les origines de la paroisse de Plaisance

Dans cet écart du village de Vaugirard, Henry Paumier (1821-1899), pasteur auxiliaire puis adjoint de la paroisse de Pentemont inaugurée en 1846, a créé et développé sous le Second Empire : une paroisse protestante ; deux écoles protestantes : une de garçons et une de filles ; un orphelinat de jeunes filles, localisé d’abord 14, rue du Transit puis au 63 rue Pernety.

La paroisse est nommée « Plaisance » du nom d’un petit hameau de Vaugirard : elle englobe la partie des XIIIe, XIVe et XVe arrondissements comprise entre les fortifications et l’ancien mur d’enceinte.
Installée dans un local provisoire au 97 rue de l’Ouest, la paroisse s’étoffe rapidement. En décembre 1862, face à l’importance des besoins et à la vétusté complète des locaux, il est décidé de demander à la Ville de Paris la construction d’un temple sur le terrain acheté par le pasteur dès 1860, l’année où la commune de Vaugirard est rattachée à Paris.
La Ville donne en mai 1864 son accord pour la construction d’un « lieu de culte protestant » et d’un groupe scolaire, mais le nouveau bâtiment n’est inauguré qu’en 1879.


Architecture et mobilier du temple

La façade du numéro 95 rue de l’Ouest se fond dans l’alignement des immeubles. Un pignon surmonté d’une croix et l’inscription « EGLISE REFORMEE DE PLAISANCE » gravée sur la porte centrale annoncent discrètement la fonction cultuelle du lieu.
Le nom de l’architecte n’est pas connu. Le fils du pasteur Paumier, l’architecte Félix Paumier, n’était alors âgé que de 24 ans.
La salle du temple, située à l’étage, se présente comme une grange à la charpente apparente.

Les fenêtres sont garnies de vitraux datés de 1909, d’après l’inscription en haut des fenêtres centrales : A.D. M D M I X (pour « Anno Domini 1909 »). Les fleurs stylisées sur fond géométrique à motif de grille sont surmontées de la devise de la Réforme « Post tenebras lux », d’une coupe de communion et d’une croix entourée de banches d’olivier ou d’un buisson ardent portant en caractère hébraïques : יהוה (YHWH).

Contre le mur du fond se détachent la chaire axiale à double escalier latéral, dosseret et abri-voix typique de l’architecture protestante du XIXe siècle, et la table de communion, qui n’existait pas dans les temples de tradition réformée mais s’est imposée au fil du temps.
L’orgue néo-romantique, placé au milieu de la tribune, en face de la chaire, est orné d’un buffet néo-gothique. Il présente 2 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes qui font parler les tuyaux par transmission mécanique. Les 15 jeux (dont 11 réels) forment la composition suivante :

Grand-orgue : Bourdon 16′ ; Montre 8′ ; Flûte harmonique ; Prestant 4′ ; Plein-jeu IV rgs.

Récit expressif : Cor de nuit 8′ ; Gambe 8′ ; Voix céleste 8′ ; Flûte 4′ ; Nasard 2′ 2/3 ; Flageolet 2′ ; Tierce 1′ 3/5 ; Trompette 8′.

Pédale : Soubasse ; Basse 8.


À Paris dans le quartier de Plaisance, un pasteur entreprenant et dynamique

Henry Paumier (1821-1899), d’après Michel Barancy (2008)… Le passé s’éloigne, les générations passent, les souvenirs s’estompent…

La paroisse protestante de Plaisance

Pasteur auxiliaire puis adjoint de la paroisse de Pentemont, Henry Paumier crée la paroisse de Plaisance en juillet 1855. Celle-ci s’installe dans un local provisoire, pris en location, 97 rue de l’Ouest.
Le premier culte est célébré peu après ; Haussmann, préfet de la Seine ne peut y participer, mais le maire de Vaugirard est présent.
En décembre 1862, face à l’importance des besoins et à la vétusté complète des locaux, il est décidé de demander à la Ville de Paris la construction d’un temple sur le terrain acheté par le pasteur Paumier dès 1860. La ville de Paris, donne en mai 1864, son accord pour la construction d’un « lieu de culte protestant » et d’un groupe scolaire; mais, en raison de divers avatars, ce n’est qu’en 1879 que le nouveau bâtiment est inauguré.
La paroisse traverse ensuite une période difficile, qui cessera avec l’arrivée du pasteur Edouard Sautter, gendre d’Henry Paumier.

Les écoles de Plaisance

Le pasteur Paumier ouvre une école de garçons également en 1855. Dès 1856, elle compte 44 élèves. Ce succès conduit à créer une école de filles.
La question du maintien du caractère confessionnel des écoles a entraîné des difficultés et des retards. Ces difficultés n’ont pu se résoudre qu’en 1891, moyennant une transaction entre le pasteur Paumier et la Ville de Paris ; par cette transaction passée devant notaire, les écoles deviennent laïques et les nombreuses communications entre les écoles et le temple sont supprimées. Le texte de cet acte et les cinq plans annexés décrivent avec précision les nouvelles frontières entre les deux propriétés .
Les inscriptions gravées au-dessus des trois portes ouvrant sur le pignon du temple rue de l’Ouest illustrent aujourd’hui les tractations de 1891 ; en effet : à gauche l’inscription ÉCOLE DE GARÇONS a été grattée, au milieu, on lit ÉGLISE RÉFORMÉE PLAISANCE, à droite, l’inscription d’origine – probablement École de filles – a été modifiée ; on lit maintenant ÉCOLE COMM.le LAÏQUE DE FILLES. Aujourd’hui, ces écoles sont une annexe (métiers du bois) du lycée technique Léonard de Vinci (20, rue Bourseul, 75015 Paris).

L’orphelinat des jeunes filles protestantes de Plaisance

C’est en 1855 également que le pasteur Paumier crée dans le hameau de Plaisance – 14 rue du Transit – l’orphelinat de jeunes filles protestantes de Plaisance. En 1863, l’orphelinat s’installe 63 rue Pernety, dans une maison construite entre cour et jardin, par M. Paumier, sur un grand terrain acquis également par lui. L’orphelinat pouvait recevoir et éduquer une soixantaine d’enfants. En 1867, cette œuvre reçoit une médaille d’argent de la société des apprentis.
En 1868, M. et Mme Paumier font à l’œuvre une première donation de biens meubles et immeubles ; ils créent ainsi la Fondation de l’Orphelinat et ils en déposent les premiers statuts. La Fondation est reconnue d’utilité publique par décret impérial du 25 juillet 1870.En 1940, l’orphelinat est fermé. En 1946, suite à l’évolution des mœurs et à la création des prestations familiales, le Comité de la Fondation et le Conseil presbytéral de la paroisse de Plaisance décident de créer des chambres pour des jeunes filles isolées et d’aménager le deuxième étage en presbytère. Pendant près de quarante ans (1948-1986), la direction du Foyer fut assurée par l’épouse du pasteur.
Vers 1930, la Fondation donne en location, avec autorisation de construire, une partie du terrain donnant sur la rue Francis de Pressensé. En 1974, Frédéric Mitterrand y crée ce qui est aujourd’hui le complexe (cinémas, conférences, musique, restaurant…) dénommé « l’Entrepôt ».
En 1971, l’œuvre prend le nom de « Fondation Paumier-Vernes, Foyer protestant d’étudiantes ».
Actuellement, le Foyer d’étudiantes accueille et héberge environ 35 jeunes filles.
Aujourd’hui les trois établissements fondés en 1855 par le pasteur Henry Paumier sont donc bien vivants. Les liens entre le Foyer protestant d’étudiantes et la paroisse de Plaisance se sont, comme il est naturel, relâchés. Néanmoins, ces liens subsistent à travers les personnes engagées dans les deux organismes ; en particulier, un siège au Conseil d’administration de la Fondation est réservé statutairement au pasteur de Plaisance.

Annexe : La famille Paumier

Henry Paumier (1821-1899) épousa Marie Vernes (1824-1881). De cette union sont issus cinq enfants :
• Sophie P. ((1852-1932) qui épousa Albert Bouffé (1839-1911)
• Félix P. (1854-1921) qui épousa Amélie Esprit (1863-1948) ; ils eurent 3 enfants, lesquels décédèrent sans postérité
• Marguerite P. (1855-1885) qui épousa Albert Boissier (1849-1917)
• Anna P. (1856-1945) qui épousa Ernest Siegler (1847-1930)
• Gabrielle P. (1861-1940) qui épousa Édouard Sautter ; ce dernier fut pasteur de Plaisance ; ils eurent trois enfants Évelyne, Louis et Jean ; les descendants d’Édouard Sautter sont nombreux…

Sources principales

• Robert Villate, Une paroisse protestante, Plaisance – 1855-1955 (Berger-Levrault, 1956)
• Fondation Paumier-Vernes, Historique et données principales (doc. interne)
• Actes notariés : Donation Paumier dite « réitérée » (1871) et transaction sur les écoles (1891)
• Eric Bungener, Les filiations protestantes (éditions familiales)
• Didier Sautter : correspondance avec l’auteur (2003)
• Le Miroir de l’Histoire : Les grandes heures du quartier de Plaisance (mai 1956)
Page Wikipédia consacrée au temple de Plaisance